Prix du gazole : un décret libère 10 millions de barils dès novembre
Le cadre juridique de la baisse du gazole est en place. Le décret n° 2026-981 du 23 octobre 2026, publié au Journal officiel du 24 octobre, autorise la Sagess à céder jusqu'à 1,6 million de mètres cubes de gazole, soit environ 10 millions de barils, puisés dans les stocks stratégiques français. Ces volumes sont vendus aux distributeurs à leur coût d'achat, et non au prix du marché, à partir du 1er novembre et jusqu'au 31 janvier 2027.
Annoncée le 7 octobre par le gouvernement, la mesure vise une baisse de 12 à 18 centimes par litre à la pompe pendant l'hiver. D'après la synthèse du décret publiée par LégiFiscal, la Sagess, la société qui gère les réserves pétrolières de sécurité pour le compte de l'État, cède le gazole « au coût moyen pondéré d'acquisition ». Les volumes sont répartis entre les distributeurs au prorata de leurs mises à la consommation de 2025. Il s'agit d'une mesure temporaire de réglementation des prix, fondée sur l'article L. 410-2 du code de commerce : les règles de constitution des stocks stratégiques ne changent pas.
L'écart de prix explique l'effet attendu. Selon Matignon, cité par l'AFP sur Connaissance des Énergies, ce gazole avait été acheté avant la guerre au Moyen-Orient à 0,28 euro le litre, contre environ 1,10 euro sur le marché actuel. Le ministère de l'Économie rappelait le 7 octobre que ces 10 millions de barils pèsent face aux 54 millions de barils de diesel consommés en France sur trois mois : c'est près d'un cinquième de la consommation de la période. Les premières ventes aux opérateurs étaient prévues le 28 octobre, pour une baisse visible en station à compter du 1er novembre.
Prix du gazole : ce que le décret impose aux distributeurs
Le décret ne laisse pas l'avantage aux intermédiaires. L'écart entre le prix de cession et la valeur de marché doit être répercuté « de manière transparente, objective et non discriminatoire » à chaque maillon de la chaîne, à compter du 1er novembre 2026, et intégralement au plus tard le 31 mars 2027. Entre professionnels, le montant hors taxes de l'avantage figure sur la facture. Pour l'automobiliste, la station doit indiquer la baisse au litre avant la vente. Le dispositif couvre le gazole carburant, le fioul domestique et le pétrole lampant. L'essence, elle, n'est pas concernée.
Le contrôle repose sur des bilans réguliers. La Sagess adresse chaque semaine un état des volumes cédés aux ministres chargés de l'Économie et de l'Énergie, puis un bilan global au plus tard le 28 février 2027. Les opérateurs qui représentent au moins 2 % des mises à la consommation, ou plus de 50 millions d'euros d'avantage, rendent eux aussi un bilan hebdomadaire ; les autres, un bilan mensuel. Le décret cesse de s'appliquer le 15 avril 2027. Matignon a également annoncé un accompagnement de plus de 300 stations rurales, souvent distantes de plus de 10 kilomètres les unes des autres, sous forme d'avances de trésorerie et d'un fonds spécialisé.
Le point de départ reste élevé. Selon les relevés hebdomadaires du ministère de la Transition écologique, le gazole se vendait en moyenne 2,3515 euros le litre le vendredi 23 octobre 2026 en France métropolitaine, contre 1,5894 euro début janvier. Le pic de l'année, dans ces relevés, date du 18 septembre, à 2,3834 euros. Le SP95-E10 coûtait 2,1160 euros le litre le 23 octobre : le gazole est désormais nettement plus cher que l'essence, alors qu'il était moins cher en début d'année. Cette flambée de l'énergie a porté l'inflation à 3,4 % en octobre.
Une baisse au rythme des enseignes et des cours
La baisse réelle dépendra de chaque réseau. TotalEnergies a annoncé mi-octobre, selon Zonebourse, une baisse d'environ 10 centimes par litre dans ses 3 300 stations du 1er novembre au 31 janvier, avec des prix qui se situeraient « entre 2,15 EUR/L et 2,20 EUR/L » sur la base des cotations de l'époque. Le groupe maintient son plafond de 2,25 euros le litre de gazole au-delà de cette date. Il prévoit aussi une remise de 20 centimes par litre sur le gazole non routier et de 200 euros par mètre cube sur le fioul domestique. Le gouvernement lui a depuis demandé de répercuter l'avantage tiré des stocks stratégiques, après un bénéfice trimestriel de 8,26 milliards de dollars.
Les autres distributeurs promettent de suivre. Mobilians, qui représente l'essentiel des stations traditionnelles hors grandes surfaces, a indiqué que ses adhérents répercuteraient la baisse « dès qu'on aura du prix remisé, notre marge étant fixe quel que soit le prix », rapporte l'AFP. Michel-Édouard Leclerc a assuré : « Si on achète moins cher, on vendra à l'euro près, au centime d'euro près, on vendra moins cher ». Une hausse des cours internationaux du diesel peut toutefois absorber une partie de l'effet, puisque le prix affiché continue de suivre le marché.
Pour les conducteurs qui roulent beaucoup, l'aide de 100 euros reste un complément à la baisse à la pompe : notre guide sur l'aide carburant de 100 euros et la prime carburant détaille les conditions et la démarche. Avant de faire le plein, le site public prix-carburants.gouv.fr permet de comparer les tarifs des stations en temps réel, et donc de vérifier, à partir du 1er novembre, si la remise annoncée apparaît bien sur les totems.
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