Ségolène Royal défie Laurent Nuñez : "Il est attendu en Algérie par Tebboune"
De retour d'Alger où elle a été reçue par le président Tebboune, Ségolène Royal lance un appel sans détour au ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. L'ancienne ministre socialiste, désormais présidente de l'Association France-Algérie, affirme que le chef de l'État algérien attend la visite du responsable français pour débloquer la crise diplomatique qui paralyse les relations bilatérales depuis 2024.
Sur le plateau de TF1 ce lundi 2 février 2026, Ségolène Royal n'a pas mâché ses mots. "Il faut que le ministre de l'Intérieur aille sur place, il est attendu", a-t-elle martelé, rapportant les propos d'Abdelmadjid Tebboune lors de leur entretien. Et de préciser la réponse du président algérien concernant les OQTF : "Que Monsieur Nuñez vienne comme il l'avait dit."
Cette sortie médiatique intervient alors que Laurent Nuñez avait conditionné son déplacement à Alger à des "bougés très forts" de la part des autorités algériennes. Le ministre réclamait notamment la reprise des reconduites des Algériens en situation irrégulière et des avancées sur le dossier Christophe Gleizes. Une posture que l'ancienne candidate à la présidentielle balaie d'un revers de main : "Poser des conditions, c'est clairement montrer qu'on ne veut pas y aller."
48 heures de diplomatie parallèle à Alger
Du 26 au 30 janvier, Ségolène Royal a mené une mission diplomatique intense dans la capitale algérienne. Reçue par le président Tebboune, elle a également obtenu l'autorisation de rendre visite au journaliste français Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison pour "apologie du terrorisme". Le reporter sportif, incarcéré depuis juin 2025, a été transféré de la prison de Tizi Ouzou vers l'établissement de Koléa, à 26 kilomètres d'Alger.
"Je l'ai trouvé aussi serein que possible", a confié l'ancienne ministre après cette visite. Ce transfert facilite désormais les visites de sa famille et de son avocat, ainsi que les rencontres avec le cardinal de l'archevêché d'Alger. Une avancée saluée comme un "signe positif" par la mère du journaliste, Sylvie Godard, qui espère une grâce présidentielle.
Le constat dressé par Ségolène Royal sur l'état des relations franco-algériennes est sans appel : "Aujourd'hui, tout est rompu. Non seulement les relations économiques, les relations diplomatiques, les relations consulaires." Elle pointe notamment l'interruption des exportations agricoles françaises et le rappel des ambassadeurs.
Un plaidoyer pour l'Algérie nouvelle
L'ancienne ministre a également tenu à déconstruire l'image figée de l'Algérie en France. "L'Algérie a beaucoup évolué. C'est un pays qui investit, qui exporte... Tous les pays sont là pour investir, sauf la France", a-t-elle déploré, soulignant le décalage entre les opportunités économiques et le blocage diplomatique actuel.
La crise entre Paris et Alger s'est cristallisée à l'été 2024, lorsque la France a apporté son soutien au plan d'autonomie marocain pour le Sahara occidental, un territoire dont l'Algérie soutient le mouvement indépendantiste du Polisario. Depuis, les dossiers s'accumulent : gel des laissez-passer consulaires pour les OQTF, détention de l'écrivain Boualem Sansal, et maintenant le cas Gleizes.
Deux voies s'offrent désormais à la diplomatie française. La première, défendue par Laurent Nuñez, consiste à exiger des gestes préalables d'Alger avant tout dialogue. La seconde, portée par Ségolène Royal, préconise l'envoi du ministre sans conditions pour relancer la confiance. L'ambassadeur de France Stéphane Romatet avait lui-même exprimé son espoir d'un dégel en 2026, critiquant les déclarations provocatrices de certains responsables politiques français.
Cette diplomatie parallèle, menée par une figure de la gauche française, pourra-t-elle débloquer ce que les canaux officiels n'ont pas réussi ? La balle est désormais dans le camp de Laurent Nuñez.