Venezuela : les capitales méditerranéennes divisées face à l'intervention américaine
L'opération militaire américaine menée le 3 janvier 2026 contre le Venezuela, qui a abouti à la capture du président Nicolas Maduro, provoque des réactions contrastées sur les rives de la Méditerranée. Si certains dirigeants européens condamnent une violation du droit international, d'autres considèrent l'intervention comme légitime, révélant des fractures profondes au sein de l'espace euro-méditerranéen.
Les frappes lancées par Washington sur Caracas dans la nuit du 2 au 3 janvier ont pris de court la communauté internationale. En quelques heures, le président vénézuélien était capturé et exfiltré, tandis que Donald Trump annonçait que les États-Unis « dirigeraient » le pays en attendant une transition. Une annonce qui a immédiatement suscité l'inquiétude des chancelleries méditerranéennes.
En France, la position d'Emmanuel Macron a fait polémique. Le chef de l'État a certes appelé à une « transition pacifique et démocratique », mais ses propos sur la fin de la « dictature Maduro » ont été perçus comme une forme de légitimation de l'opération américaine. Son ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a néanmoins rappelé qu'« aucune solution politique durable ne saurait être imposée de l'extérieur » et que « l'opération militaire contrevient au principe de non-recours à la force ». À gauche, de La France insoumise au Parti socialiste, les critiques ont fusé contre ce qu'ils considèrent comme un piétinement du droit international.
L'Italie soutient Washington
De l'autre côté des Alpes, la Première ministre italienne Giorgia Meloni a pris une position singulière en Europe. Dans un communiqué, elle a qualifié l'opération américaine de « légitime », estimant qu'il s'agissait d'une «intervention défensive» contre « des entités alimentant et promouvant le trafic de drogue ». Cette position fait de l'Italie la seule grande puissance européenne à soutenir ouvertement les frappes de Washington, creusant un fossé avec ses partenaires de l'Union européenne.
L'Espagne a adopté une ligne diamétralement opposée. Le Premier ministre Pedro Sanchez a déclaré que son gouvernement « ne reconnaîtra pas une intervention qui viole le droit international », tout en rappelant que Madrid n'avait pas non plus reconnu le régime de Maduro. L'Espagne s'est proposée comme médiatrice, se disant «disposée à offrir ses bons offices» pour une solution négociée. Pedro Sanchez a également mis en garde contre une intervention qui « pousse la région vers un horizon d'incertitude et de bellicisme ».
Au niveau communautaire, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a appelé à la « retenue » et au respect des « principes du droit international et de la Charte des Nations unies », sans toutefois condamner explicitement Washington.
Le Maghreb entre prudence et solidarité avec Caracas
Sur la rive sud de la Méditerranée, l'Algérie a réagi avec une « profonde préoccupation ». Le représentant algérien aux Nations unies, Amar Bendjama, a souligné que ces développements « risquent d'aggraver les tensions dans un contexte régional déjà fragile ». Alger, considérée comme proche du pouvoir chaviste, a appelé à « éviter toute action susceptible de mener vers une escalade ou une confrontation ». Cette position prudente reflète les liens historiques entre l'Algérie et le Venezuela, tous deux membres de l'OPEP et partageant une rhétorique anti-impérialiste.
Israël s'est distingué par un soutien sans réserve à l'opération américaine. Le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar s'est « félicité de la destitution du dictateur qui dirigeait un réseau terroriste et de drogue », qualifiant Donald Trump de « leader du monde libre ». Cette position s'inscrit dans le contexte des relations tendues entre Tel-Aviv et Caracas, le Venezuela ayant rompu ses relations diplomatiques avec Israël en 2009.
Au-delà de la Méditerranée, les grandes puissances ont vivement réagi. La Russie a dénoncé « un acte d'agression armée », tandis que la Chine s'est dite « profondément choquée » par ce qu'elle qualifie de « comportement hégémonique ». Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a déploré un « dangereux précédent », s'inquiétant du non-respect du droit international.
Cette intervention américaine au Venezuela met en lumière les divergences persistantes au sein de l'espace méditerranéen sur la question de la souveraineté des États et du recours à la force. Elle rappelle également les fractures Nord-Sud sur ces questions fondamentales du droit international, à l'heure où les crises se multiplient aux portes de la région.