"Droit biblique" d'Israël sur le Moyen-Orient : les propos de Huckabee provoquent un tollé
L'ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, a déclenché une vague d'indignation internationale après avoir affirmé, lors d'un entretien avec le commentateur conservateur Tucker Carlson diffusé le 20 février 2026, qu'Israël avait un « droit biblique » de s'emparer de l'ensemble des terres situées entre le Nil et l'Euphrate. Des propos qualifiés d'« extrêmes » et d'« irresponsables » par la Ligue arabe et l'Organisation de la coopération islamique (OCI), qui ont relancé le débat sur l'influence du sionisme chrétien dans la politique étrangère américaine.
Interrogé par Tucker Carlson sur l'interprétation de la Genèse 15:18, qui évoque une promesse divine de terres s'étendant « du fleuve d'Égypte au grand fleuve, l'Euphrate », Mike Huckabee n'a pas hésité à valider cette lecture expansionniste. « Ce serait acceptable si Israël prenait tout cela », a-t-il déclaré, faisant référence à un territoire qui engloberait potentiellement l'Égypte, le Liban, la Syrie, la Jordanie, l'Irak et les territoires palestiniens occupés.
Pasteur baptiste de formation et sioniste chrétien revendiqué, l'ambassadeur nommé par le président Donald Trump est un fervent défenseur du mouvement de colonisation en Cisjordanie. Il s'est de longue date opposé à la solution à deux États et désigne les territoires palestiniens occupés par leur nom biblique de « Judée et Samarie ».
Un rétropédalage qui n'a convaincu personne
Face à l'ampleur des réactions, Huckabee a tenté de nuancer ses propos en les qualifiant de « déclaration quelque peu hyperbolique ». Il a ajouté qu'Israël « ne cherche pas à prendre la Jordanie » ni « à envahir la Syrie », mais qu'il demandait simplement « à conserver les terres qu'il occupe actuellement ». Une précision qui n'a guère apaisé les capitales arabes, d'autant que le diplomate a ajouté que si Israël remportait une guerre et conservait ces territoires, « ce serait une autre discussion ».
Fait notable, Tucker Carlson lui-même s'est montré critique à l'égard de son invité. « Ce que fait l'ambassadeur Huckabee est honteux, et il devra en répondre », a lancé le commentateur lors d'interviews avec des chrétiens arabes de la région.
Condamnations unanimes du monde arabe et musulman
La riposte diplomatique a été immédiate et massive. L'Égypte a dénoncé une « violation flagrante » du droit international, affirmant qu'« Israël n'a aucune souveraineté sur les territoires palestiniens occupés ou d'autres terres arabes ». L'Arabie saoudite a qualifié les propos d'« irresponsables » et de « dangereux », tandis que la Jordanie y a vu « une atteinte à la souveraineté des pays de la région ».
La Ligue arabe, qui regroupe 22 nations, a jugé ces déclarations « extrêmes et dépourvues de tout fondement ». L'Organisation de la coopération islamique, forte de 57 États membres, a pour sa part estimé que les remarques du diplomate américain constituaient « un appel inacceptable à l'expansion d'Israël », fondé sur « un récit historique et idéologique fallacieux ». L'OCI a averti que de telles déclarations « alimentent le discours idéologique extrémiste et encouragent le radicalisme ».
Le ministère palestinien des Affaires étrangères a condamné des « déclarations provocatrices » représentant « un appel explicite à attaquer la souveraineté des États » et un soutien à « des plans d'annexion et d'expansion racistes ». L'Autorité palestinienne a appelé l'administration américaine à prendre position, soulignant que ces propos « contredisent complètement la position du président américain », Donald Trump ayant lui-même affirmé qu'il ne permettrait pas à Israël d'annexer la Cisjordanie.
Cette polémique intervient dans un contexte déjà tendu. Ces derniers mois, Israël a considérablement intensifié la construction de colonies en Cisjordanie occupée, légalisant des avant-postes et apportant des modifications bureaucratiques majeures à ses politiques dans le territoire. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a accusé Israël de commettre des crimes de guerre et alerté sur des pratiques s'apparentant à du nettoyage ethnique. Dans ce climat, les propos de l'ambassadeur Huckabee apparaissent comme un signal inquiétant pour l'ensemble de la communauté internationale, bien au-delà du monde arabo-musulman.