Algérie : le marché noir accentue la pression sur le dinar, l'euro s'envole au-delà des 280 DA
L'euro a franchi un nouveau seuil spectaculaire en Algérie en débutant l'année 2026. Le 5 janvier, la monnaie européenne s'échange à plus de 281 dinars sur le marché parallèle, dépassant largement la barre symbolique des 280 dinars. Cette hausse de 2,5 dinars en une seule journée illustre la volatilité extrême qui caractérise le marché noir des devises en Algérie, creusant davantage le fossé avec le taux officiel maintenu à 152 dinars par la Banque d'Algérie.
Le début de l'année 2026 confirme une tendance alarmante : l'euro n'a cessé de s'apprécier face au dinar algérien depuis le début de l'année 2025. Au 30 décembre 2025, les cambistes proposaient déjà cent euros contre 28 000 dinars, une hausse spectaculaire de 14,52% en moins d'un an. Cette appréciation dépasserait même les 280 dinars, frôlant les 290 dinars selon certains rapports, établissant ainsi des records historiques.
La disparité entre les deux circuits de change crée une situation économique désastreuse pour les ménages algériens. Sur le marché officiel, l'euro demeure fiché à 152,09 dinars, tandis que sur le marché noir, il s'échange à plus du double : plus de 280 dinars. Cette distorsion de plus de 80% constitue une véritable hémorragie monétaire pour les portefeuilles des citoyens ordinaires et alimente mécaniquement l'inflation des biens non subventionnés.
Une inflation galopante amplifiée par le fossé des changes
Les économistes algériens pointent du doigt cette dichotomie comme un moteur majeur de l'inflation. Lorsque les prix des importations sont basés sur les taux du marché noir, mais que l'État maintient artificiellement le taux officiel à 152 dinars, un vide se creuse. Les entreprises qui accèdent aux devises étrangères au taux officiel les revendent au marché noir, creusant le déficit budgétaire et l'inflation pour les consommateurs ordinaires.
Le gouvernement algérien tente depuis des années de contrôler cette fuite, mais la demande de devises pour les importations essentielles dépasse largement l'offre officielle. L'absence de réformes structurelles du système de change et la persistance des contrôles de changes rigides créent un environnement propice à cette flambée. Les individus ayant des sources de revenus en euros ou dollars préfèrent échanger au marché noir, où les taux offrent une bien meilleure valorisation de leurs économies.
Cette situation s'aggrave alors que l'allocation chômage algérienne a augmenté à 18 000 dinars en janvier 2026, une hausse qui ne compense nullement la perte du pouvoir d'achat engendrée par la dépréciation du dinar. Les ménages se voient contraints d'adapter leurs comportements d'achat face à une inflation qui érode silencieusement leurs économies.
Vers une refonte du système monétaire ?
Les experts suggèrent qu'une unification des taux de change ou une libéralisation progressive du marché des devises pourrait atténuer les distorsions actuelles. Tant que le gouvernement maintient artificiellement le taux de change officiel, le marché noir prospérera. L'Algérie fait face à un choix critique : accepter une dévaluation du dinar officiel ou accepter une économie souterraine en constant développement.
L'appréciation continue de l'euro face au dinar reflète également les inquiétudes concernant les réserves en devises étrangères du pays et la viabilité à long terme du modèle économique algérien basé sur les hydrocarbures. Tant que les revenus pétroliers ne représentent pas une véritable diversification économique, les pressions sur le dinar persisteront, alimentant davantage les fuites vers le marché noir.
Pour les Algériens ordinaires, chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles : l'euro grimpe, le dinar s'érode, et le coût de la vie s'envole. Le gouvernement doit rapidement mettre en place des réformes structurelles pour restaurer la stabilité monétaire et redonner confiance aux citoyens dans la gestion économique du pays.