Algérie : l'euro poursuit sa flambée sur le marché parallèle, atteignant 282 dinars
Le marché parallèle des devises en Algérie maintient sa trajectoire haussière en ce début février 2026. L'euro s'échange désormais autour de 282 dinars à la vente au Square Port-Saïd d'Alger, creusant un écart historique avec le taux officiel de la Banque d'Algérie, qui affiche 153,28 dinars pour un euro.
Au cœur de la capitale algérienne, les cambistes du Square Port-Saïd observent une stabilité à haut niveau. L'euro se négocie entre 280 et 282 dinars à la vente, tandis que le cours à l'achat oscille entre 278 et 279 dinars. Cette situation, qualifiée de « marché calme, sans pression particulière » par les professionnels du secteur, masque en réalité une distorsion structurelle préoccupante.
L'écart entre le marché officiel et le marché parallèle dépasse désormais les 125 dinars, soit une différence de plus de 80%. Cette réalité pousse de nombreux Algériens vers le circuit informel, notamment ceux qui préparent des voyages à l'étranger ou qui reçoivent des transferts de la diaspora.
Un paradoxe monétaire persistant
Fait notable, alors que l'euro enregistre une légère baisse sur le marché officiel — passant de 153,60 à 153,28 dinars entre le 2 et le 3 février — il continue de grimper sur le marché parallèle. Ce mouvement contradictoire illustre la déconnexion totale entre les deux circuits de change qui coexistent en Algérie.
La Banque d'Algérie a pourtant amorcé 2026 avec une nouvelle politique monétaire. Le 9 janvier dernier, le Conseil monétaire et bancaire a décidé d'abaisser le taux directeur de 2,75% à 2,5%, une mesure destinée à stimuler l'investissement et faciliter l'accès au crédit. Mais cette décision n'a eu aucun impact visible sur le marché informel.
Le dollar américain suit une trajectoire similaire. Sur le marché officiel, il s'échange à 129,74 dinars, tandis que le marché noir affiche des cours oscillant entre 237 et 240 dinars. La livre sterling, quant à elle, atteint 304 dinars pour 100 livres à l'achat sur le marché parallèle.
Les causes d'une distorsion structurelle
Les économistes pointent plusieurs facteurs pour expliquer cette situation. Le contrôle strict des changes imposé par les autorités algériennes limite drastiquement l'accès aux devises étrangères au taux officiel. L'allocation touristique, plafonnée et difficile à obtenir, pousse les voyageurs vers le marché noir.
Après une période d'hibernation inattendue en janvier, liée notamment à la suspension des visas américains et aux perturbations consulaires turques, le marché parallèle a repris son activité habituelle. Les cambistes anticipent une relative stabilité dans les semaines à venir, sauf événement géopolitique majeur.
Pour rappel, l'euro avait atteint un pic historique de 292 dinars le 27 novembre 2025, avant de redescendre progressivement. Les niveaux actuels, bien qu'inférieurs à ce sommet, restent parmi les plus élevés jamais enregistrés sur le marché parallèle algérien.
Cette situation pèse lourdement sur le pouvoir d'achat des ménages algériens. Converti au taux parallèle, le salaire minimum représente moins de 75 euros, une réalité qui alimente les tensions sociales dans un pays où l'inflation importée grignote chaque jour un peu plus le budget des familles.