Étudiants français : la précarité devient la norme
Un tiers des étudiants en France vit avec moins de 50 euros par mois une fois le loyer, les factures et les courses payés. C’est le constat alarmant révélé par une enquête publiée mardi 6 janvier par l’Union étudiante, qui dresse un portrait saisissant d’une génération sacrifiée sur l’autel de la crise économique.
Dans les couloirs des universités comme dans les cités U, la précarité s’est installée comme une compagne quotidienne. Selon cette étude nationale menée auprès de plusieurs milliers d’étudiants, la majorité d’entre eux peinent à subvenir à leurs besoins essentiels. « Sauter des repas ou ne pas chauffer son logement, quand on en a un, n’est plus une exception mais une habitude contrainte », déplore la présidente de l’Union étudiante.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus d’un étudiant sur deux déclare avoir déjà dû renoncer à des soins médicaux faute de moyens, et près d’un sur trois vit avec moins de 50 euros par mois après paiement du loyer. « Nous assistons à une normalisation de la survie étudiante », alerte encore le rapport, qui met en lumière une détresse financière et psychologique croissante.
Un système d’aides sous tension
Les aides publiques, censées amortir les effets de la pauvreté, semblent désormais insuffisantes. Les bourses sur critères sociaux, gelées depuis plusieurs années, ne compensent plus la hausse continue des loyers et du coût de la vie. À Paris, Lyon ou Marseille, il est devenu quasi impossible de se loger sans soutien familial, un luxe que tous ne peuvent se permettre. « Les dispositifs d’aide n’ont pas suivi l’inflation, alors que les dépenses incompressibles explosent », souligne un économiste de l’enseignement supérieur.
Pour beaucoup, le recours à l’emploi étudiant devient une nécessité vitale, souvent au détriment des études. Travailler 20 heures par semaine pour financer son quotidien, c’est aussi sacrifier du temps d’apprentissage et de repos. « On demande aux étudiants d’être performants alors qu’ils vivent dans des conditions indignes », témoigne une étudiante en sociologie à Montpellier. Certains se tournent vers des associations de solidarité, comme les Restos du Coeur étudiants qui voient leurs files d’attente s’allonger chaque mois.
Les organisations étudiantes réclament un plan d’urgence national, incluant une revalorisation significative des bourses et un encadrement des loyers. Une mesure jugée indispensable pour éviter que la pauvreté ne devienne une fatalité. Car au-delà des chiffres, c’est l’avenir même de la jeunesse française qui se joue. « Un pays qui laisse sa jeunesse dans la précarité compromet son avenir collectif », rappelle le rapport, appelant à un sursaut politique et social.
En attendant, dans les bibliothèques glacées et les studios surpeuplés, les étudiants continuent de jongler entre cours, factures et espoir. Un équilibre précaire, devenu pour beaucoup une condition de vie à part entière. Comme le résume une étudiante en lettres : « On ne parle plus de galère, on parle de survie. »