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L'Algérie récupère 110 millions de dollars de fonds détournés gelés en Suisse

Le gouvernement algérien a annoncé, samedi 5 avril 2026, lors d'une réunion du Conseil des ministres présidée par le président Abdelmadjid Tebboune, que la Confédération suisse s'apprête à restituer à l'Algérie plus de 110 millions de dollars de fonds détournés et gelés sur son territoire. Cette annonce, présentée par le ministre d'État des Affaires étrangères Ahmed Attaf, marque une étape décisive dans la vaste opération de récupération des avoirs illicites engagée par Alger depuis le mouvement populaire du Hirak en 2019.

Sur les 33 commissions rogatoires adressées par l'Algérie à la Confédération suisse dans le cadre de la lutte contre la corruption, 20 dossiers ont été examinés et acceptés par les autorités helvétiques. Parmi ceux-ci, 4 dossiers ont été définitivement traités, ce qui permet désormais la restitution effective de plus de 110 millions de dollars au Trésor algérien. Il s'agit d'une victoire judiciaire et diplomatique d'envergure pour l'État algérien, qui multiplie depuis plusieurs années les démarches internationales pour rapatrier les capitaux illicitement transférés à l'étranger.

Le président Tebboune a tenu à remercier personnellement la Confédération suisse pour sa coopération active dans ce dossier sensible, ainsi que le Royaume d'Espagne qui a également participé à la récupération de fonds algériens détournés. Ces deux pays ont répondu favorablement et dans les délais aux demandes judiciaires d'Alger, offrant un exemple de coopération internationale exemplaire en matière de lutte contre la corruption et le blanchiment d'argent.

Des décennies de corruption sous l'ère Bouteflika

La démarche de récupération des avoirs illicites prend tout son sens lorsqu'on la replace dans le contexte de l'ère Bouteflika, qui a duré vingt ans, de 1999 à 2019. Comme le documentait déjà Mediaterranee.com, le bilan de Bouteflika fut marqué par une explosion de la corruption à tous les niveaux de l'État et du secteur économique. Des hommes d'affaires proches du pouvoir, des ministres et de hauts responsables ont profité de l'opacité du système pour transférer des sommes colossales vers des places financières étrangères, notamment en Suisse, en France et en Espagne.

Depuis la chute de Bouteflika en avril 2019 et l'avènement du président Tebboune, l'Algérie a enclenché une mécanique judiciaire et diplomatique sans précédent pour récupérer ces avoirs. De nombreux oligarques et anciens responsables ont été poursuivis et condamnés par la justice algérienne. Sur le plan international, Alger a multiplié les commissions rogatoires et les demandes d'entraide judiciaire auprès de ses partenaires étrangers, avec des résultats variables selon les pays.

Les 110 millions de dollars qui seront restitués par la Suisse ne représentent qu'une fraction des sommes potentiellement détournées, mais chaque récupération constitue un signal fort adressé à ceux qui seraient tentés de reproduire les mêmes pratiques. Le gouvernement algérien a affiché sa détermination à poursuivre ces efforts sur le long terme, sans se laisser décourager par les obstacles diplomatiques et judiciaires que ces procédures engendrent inévitablement.

La France dans le viseur : 61 commissions rogatoires sans réponse

L'annonce de la restitution suisse met également en lumière, de manière implicite mais très lisible, le comportement de la France dans ce dossier. Le président Tebboune a rappelé qu'Alger avait adressé pas moins de 61 commissions rogatoires aux autorités françaises dans le cadre de la récupération de fonds détournés. Or, à ce jour, aucune de ces demandes n'a obtenu de réponse de la part de la justice française — un silence qui contraste fortement avec la réactivité des autorités suisses et espagnoles.

Ce mutisme français intervient dans un contexte diplomatique déjà fragilisé entre les deux pays, marqué par des tensions récurrentes sur les questions migratoires, mémorielles et sécuritaires. Pour de nombreux observateurs algériens et internationaux, l'absence de réponse de Paris aux commissions rogatoires algériennes dépasse la simple lenteur administrative et traduit un manque de volonté politique. La France, pourtant réputée pour son engagement dans les conventions internationales de lutte contre la corruption, se retrouve dans une position inconfortable face à ses propres engagements multilatéraux.

La récupération de ces 110 millions de dollars auprès de la Suisse représente donc bien plus qu'une transaction financière : c'est un message politique clair d'Alger à ses partenaires internationaux. Les fonds récupérés seront réintégrés dans le budget de l'État au bénéfice du peuple algérien, selon les déclarations officielles. Une promesse que la communauté nationale, éprouvée par des années de gouvernance opaque, sera attentive à voir se concrétiser dans les politiques publiques à venir.

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