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Abdelmadjid Meskoud, l'inoubliable voix du chaâbi algérien, est décédé à 73 ans

Le monde de la musique algérienne est en deuil. Abdelmadjid Meskoud, figure emblématique du chaâbi algérois et auteur de l'inoubliable chanson « Ya Dzayer Ya El Assima » (Ô Alger la capitale), est décédé ce mercredi 14 mai 2026 à Alger, des suites d'une longue maladie. Il avait 73 ans. L'Algérie perd l'une de ses voix les plus attachantes, celle d'un artiste autodidacte sorti du peuple pour toucher le cœur de plusieurs générations.

Né le 31 mars 1953 dans le quartier populaire d'El Hamma, à Belcourt, au cœur d'Alger, Abdelmadjid Meskoud grandit au contact des sons et des émotions de la ville. Très jeune, il est attiré par la musique et le théâtre. Il gratte sa guitare en autodidacte, compose ses premières chansons et intègre de petites troupes théâtrales algéroises, notamment celle dirigée par Hassan Hassani. Sa formation musicale se nourrit des maîtres du chaâbi, Cheikh M'hamed El Anka et Cheikh El Hasnaoui, mais également de la grande chanson française : Brel, Ferré, Piaf et Brassens.

Abdelmadjid Meskoud anime des cérémonies de mariage et participe à de nombreux galas populaires pendant des années avant de connaître la célébrité nationale. Jusque-là inconnu du grand public, il renverse soudain la vapeur en 1989 en électrisant le pays entier avec « Ya Dzayer Ya El Assima ». Le texte de cette chanson, traversé par un lamento de nostalgie, lui a été inspiré par la démolition d'une partie de son quartier natal d'El Hamma, sacrifié sur l'autel de projets de rénovation urbaine. La chanson touche le public en plein cœur et devient un classique immédiat de la musique algérienne.

« Ya Dzayer Ya El Assima », un hymne éternel à Alger

Avec ce titre, Abdelmadjid Meskoud devient une célébrité nationale du jour au lendemain. L'artiste à la veste Shanghai est invité sur tous les plateaux de télévision ; sa chanson tourne en boucle sur les ondes de la radio algérienne. Des générations entières d'Algériens, en Algérie comme à l'étranger, reprennent les refrains de cette ode à Alger avec une ferveur inégalée. La consécration est totale, et elle ne se démentira plus au fil des décennies qui suivront.

Fort de ce succès, Meskoud enrichit ensuite son répertoire de nombreux titres du chaâbi assimi : « Yazine el ghali », « Ouled el houma », « Belcourt », « Nhar Iban Essah » et « Choufou choufou ». Ses textes aux accents algérois, chargés d'amour pour le peuple et la mémoire populaire, lui valent une fidélité indéfectible de son public. Dans la foulée, il participe au célèbre projet musical El Gusto, initié par la réalisatrice franco-algérienne Safina Bousbia, qui réunit une brochette d'anciens chanteurs chaâbi. Ce projet donne lieu en 2011 à un film documentaire éponyme, aujourd'hui référence dans la préservation du patrimoine musical algérien.

Héritier de la grande tradition du chaâbi algérois, Meskoud s'inscrivait dans la lignée des pionniers de ce genre musical né à Alger au début du XXe siècle. Cheikh El Anka, né le 20 mai 1907, est considéré comme le père fondateur du chaâbi moderne, un patrimoine que des artistes comme Meskoud ont contribué à perpétuer et à transmettre aux générations suivantes. L'influence de ce maître s'est toujours fait sentir dans les mélodies et les textes de Meskoud, qui en revendiquait l'héritage avec une fierté sincère et communicative.

Un AVC en 2016 met fin à une carrière bien-aimée

En 2016, une tragédie médicale brise net la trajectoire artistique d'Abdelmadjid Meskoud. Victime d'un accident vasculaire cérébral, il est contraint de mettre un terme brutal à sa carrière, au grand dam de ses admirateurs éplorés. Le silence s'installe, mais la mémoire de ses chansons, elle, continue de résonner dans les foyers algériens et les cercles de la diaspora. Pendant des années, ses proches et ses fans ont espéré le voir recouvrer la santé et retrouver la scène ; ce rêve ne s'est malheureusement jamais réalisé.

Apprécié pour sa bonhomie, sa simplicité et son authenticité, Meskoud était avant tout un homme du peuple, profondément attaché à son quartier d'El Hamma et à la mémoire populaire algéroise. Il laisse derrière lui un répertoire de chansons qui continuera de faire vivre l'Algérie profonde dans les mémoires collectives. Sa disparition laisse un vide immense dans le paysage culturel algérien. Le monde du chaâbi perd l'un de ses serviteurs les plus sincères, et les Algériens perdent une voix qui savait parler à leur âme avec une rare authenticité.

La nouvelle de son décès a suscité une vague d'émotion et d'hommages sur les réseaux sociaux en Algérie et dans la diaspora. Nombreux sont ceux qui ont partagé des extraits de ses chansons et exprimé leur peine face à la disparition de cet artiste discret mais profondément aimé. Son nom restera à jamais associé à une certaine image d'Alger, celle des quartiers populaires, des fêtes de mariage et des nuits animées par le chaâbi. Abdelmadjid Meskoud avait promis à sa ville, dans la chanson, un amour éternel — et c'est avec ce même amour que l'Algérie tout entière le pleure aujourd'hui.

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