France-Algérie : Saïd Sayoud attendu à Paris dans les prochains jours
Le ministre algérien de l'Intérieur, Saïd Sayoud, se rendra à Paris « dans quelques jours », a annoncé vendredi 16 mai 2026 son homologue français Laurent Nuñez dans un entretien accordé à La Tribune Dimanche. Cette visite inédite marque une étape décisive dans la normalisation des relations franco-algériennes, profondément éprouvées depuis l'été 2024, et confirme la volonté partagée des deux pays de relancer leur coopération sécuritaire sur des bases solides et durables.
« Je vais accueillir mon homologue algérien ici dans quelques jours. C'est un signal très positif. La coopération sécuritaire est en train de se réinstaller progressivement », a déclaré Laurent Nuñez. Ces propos confirment que Paris et Alger ont choisi résolument la voie du dialogue après une longue période d'éloignement diplomatique. Pour le ministre de l'Intérieur français, cette visite traduit une volonté politique claire et partagée de reconstruire un partenariat stratégique crucial pour les deux rives de la Méditerranée. Elle symbolise également la maturité des relations entre deux nations liées par des liens historiques, culturels et humains profonds.
La démarche s'inscrit dans le sillage du déplacement effectué par Laurent Nuñez à Alger en février dernier. Les 16 et 17 février 2026, le ministre français s'était rendu dans la capitale algérienne à l'invitation expresse de Saïd Sayoud. Lors de ce séjour, il avait notamment été reçu par le président Abdelmadjid Tebboune, en présence de Boualem Boualem, directeur de cabinet de la présidence, et d'Amar Abba, conseiller diplomatique du chef de l'État algérien. À l'issue de ces rencontres, les deux pays avaient annoncé conjointement le relancement d'une « coopération sécuritaire de très haut niveau », acte symbolique et fondateur d'une nouvelle phase dans leurs relations bilatérales.
Un long processus de réconciliation qui porte ses fruits
La crise franco-algérienne de 2024 avait atteint une profondeur rarement vue dans l'histoire récente des deux pays. L'arrestation en France du militant politique algérien Boualem Sansal, la question tendue des obligations de quitter le territoire (OQTF) et le blocage délibéré des laissez-passer consulaires avaient conduit à un gel quasi-total du dialogue bilatéral. Les deux capitales se renvoyaient la responsabilité de l'impasse, dans une atmosphère de méfiance qui inquiétait les milieux d'affaires, les universitaires et les centaines de milliers d'Algériens établis en France.
Le retour progressif à la normale avait commencé à se dessiner dès le début de l'année 2026. L'ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, avait publiquement appelé au dégel, affirmant que les deux pays partageaient des intérêts stratégiques trop importants pour se permettre un éloignement prolongé. Cette prise de parole diplomatique avait été suivie de contacts discrets entre hauts fonctionnaires des deux administrations, jetant les bases d'une reprise sérieuse du dialogue politique.
La visite de Nuñez à Alger en février avait constitué le premier acte officiel de ce rétablissement historique. La venue de Saïd Sayoud à Paris représente désormais la réciprocité attendue et souhaitée, un geste fort de la partie algérienne indiquant sa pleine disponibilité à s'engager dans ce processus de normalisation. Comme l'avaient anticipé plusieurs analystes dès le printemps 2025, le pragmatisme a finalement prévalu sur les postures nationalistes des deux côtés de la Méditerranée.
Sécurité, narcotrafic et laissez-passer : les dossiers brûlants de Paris
Les enjeux concrets au programme de cette rencontre parisienne sont considérables. Laurent Nuñez a insisté sur la nécessité de reprendre le travail d'échange d'informations avec son homologue algérien, notamment « sur les trafiquants de drogue », précisant que « la collaboration fonctionne dans les deux sens ». La lutte contre les réseaux de narcotrafic transnationaux, qui empruntent les routes méditerranéennes pour acheminer la résine de cannabis et d'autres stupéfiants vers l'Europe, constitue un impératif stratégique partagé par les deux capitales.
L'une des avancées les plus concrètes depuis la reprise du dialogue concerne précisément les laissez-passer consulaires. Laurent Nuñez a révélé que plus de 140 laissez-passer ont été délivrés par l'Algérie à la France depuis le début de la normalisation. Ce chiffre représente une avancée significative après des mois de blocage presque total. La délivrance de ces documents administratifs, indispensables pour procéder aux expulsions de ressortissants algériens en situation irrégulière, avait été l'un des points de friction les plus aigus dans la relation bilatérale sous l'ère de la crise.
Au-delà de la sécurité stricto sensu, la rencontre entre les deux ministres devrait aborder des thématiques consulaires et migratoires plus larges, notamment la fluidification des procédures de visas pour les ressortissants algériens souhaitant se rendre en France dans un cadre professionnel, familial ou touristique. La simplification de ces démarches, régulièrement citée comme un irritant majeur par la communauté algérienne de France et par les acteurs économiques des deux pays, constitue un levier essentiel pour rétablir une relation de confiance durable et sincère.
La relance de la coopération franco-algérienne intervient dans un contexte géopolitique régional en pleine mutation. Face aux défis sécuritaires croissants en Méditerranée et au Sahel, Paris et Alger ont besoin l'un de l'autre plus que jamais. La visite prochaine de Saïd Sayoud à Paris sera observée avec attention par les chancelleries européennes et arabes, comme le signe que deux partenaires historiques ont su surmonter leurs différends pour retrouver ensemble le chemin d'une coopération stratégique mutuellement indispensable.