Municipales 2026 : une candidate voilée porte plainte après des injures racistes à Réhon
Aurore Katramiz, 39 ans, adjointe au maire de Réhon (Meurthe-et-Moselle) et candidate aux élections municipales de mars 2026, a annoncé lundi avoir porté plainte pour incitation à la haine et injure publique. Depuis la publication de sa photo de campagne sur les réseaux sociaux le 3 février, cette mère de famille est la cible d'un torrent de commentaires racistes visant son voile.
La tempête s'est déclenchée en quelques heures. Mardi 3 février, la liste sans étiquette du maire sortant Jean-Pierre Weber publie sur les réseaux sociaux les portraits de ses colistiers pour les municipales de mars prochain. Parmi eux, Aurore Katramiz, conseillère municipale depuis 2020 et adjointe chargée du lien social et intergénérationnel. Sa photo, sur laquelle elle apparaît voilée, déclenche immédiatement une avalanche de messages haineux.
« J'ai eu des références au Bataclan, aux Frères musulmans, à l'Iran, à la Syrie… On m'a dit : retourne dans ton pays », raconte-t-elle à France Bleu. « C'est explicite, c'est complètement décomplexé, les gens déversent leur haine sans connaître la personne », déplore la candidate, visiblement éprouvée par la violence des propos.
Une élue engagée depuis cinq ans
Ce n'est pas la première fois qu'Aurore Katramiz fait face à ce type d'attaques. En novembre dernier, une vidéo la montrant voilée avec une écharpe tricolore lors des cérémonies du 11-Novembre avait déjà provoqué des réactions hostiles. Mais cette fois, les commentaires sont « plus nombreux, plus durs à encaisser », confie-t-elle.
Face à cette escalade, l'élue a décidé de porter plainte. « Être qualifiée d'antirépublicaine, c'est ce qui me blesse le plus », confie cette habitante de Réhon, commune d'environ 3 800 habitants située près de Longwy. « Je suis à 100 % républicaine. La France, c'est mon pays, je l'aime », martèle-t-elle, rappelant porter le voile parce qu'elle est « de confession musulmane » et qu'elle n'est « pas là pour faire du prosélytisme ».
Son engagement local ne date pas d'hier. Élue en 2020 sur la liste de Jean-Pierre Weber, elle s'investit depuis dans la vie associative et municipale de sa commune. Des compétences que le maire sortant tient à saluer publiquement, rappelant au passage que le port du voile n'est pas interdit pour les élus, contrairement aux agents de la fonction publique.
Condamnations unanimes, campagne sous tension
Les réactions de soutien se sont multipliées. Le maire Jean-Pierre Weber a fermement défendu sa colistière, mettant en avant ses qualités humaines et professionnelles. Même la liste d'opposition, menée par le chef d'entreprise Fabrice Cadinu, a tenu à « condamner » les attaques racistes, tout en appelant « à ne pas instrumentaliser cette situation contre notre liste dans cette campagne électorale ».
L'affaire de Réhon s'inscrit dans un contexte plus large de tensions autour des municipales 2026, marquées par plusieurs polémiques à travers la France. Elle fait également écho aux préoccupations croissantes concernant la montée des actes antimusulmans dans le pays.
Déterminée, Aurore Katramiz refuse de se laisser intimider. « Jamais je ne m'arrêterai, je suis une battante. Je continuerai jusqu'au bout, je dirais même que ça me renforce », assure la mère de famille, bien décidée à mener campagne jusqu'au scrutin de mars.