Taxe d'habitation : 39 % des Français prêts à la voir revenir pour sauver les services publics
Près de quatre Français sur dix se disent favorables au rétablissement de la taxe d'habitation, à condition que les recettes servent à améliorer les services publics de proximité. C'est le résultat surprenant d'une étude OpinionWay pour la Fondation Jean Jaurès et le collectif « Sens du service public », dévoilée lundi 9 février par France Inter et Le Monde, à quelques semaines des élections municipales.
Le chiffre a de quoi étonner. Alors que la suppression de la taxe d'habitation sur les résidences principales constituait la mesure phare du premier quinquennat d'Emmanuel Macron, 39 % des personnes interrogées accepteraient aujourd'hui de la voir réapparaître. Une seule condition : que « cela serve à améliorer les services publics locaux », précise l'enquête réalisée du 7 au 12 janvier 2026 auprès d'un échantillon représentatif de 2 000 personnes.
« C'est une surprise parce que l'on parle du rétablissement d'un impôt qui a été supprimé, et pas d'une hausse fiscale », s'étonne Johan Theuret, cofondateur du collectif « Sens du service public ». À l'inverse, 61 % des sondés restent opposés à cette idée.
Le sondage révèle un paradoxe saisissant dans le rapport des Français à leurs services de proximité. Si les trois quarts d'entre eux (74 %) se déclarent satisfaits des services publics locaux — bibliothèques, crèches, voirie, transports —, ils sont presque autant (73 %) à estimer que ces mêmes services manquent cruellement de moyens. Plus révélateur encore, 69 % des personnes interrogées considèrent que l'État délègue trop de missions aux collectivités sans leur accorder les ressources nécessaires.
Un consentement fiscal qui transcende les clivages politiques
L'un des enseignements majeurs de cette étude est que le soutien au retour de la taxe d'habitation ne se limite pas à un camp politique. Les sympathisants écologistes sont les plus favorables (52 %), suivis des Insoumis (43 %), de la majorité présidentielle (39 %) et des Républicains (38 %). Seuls les sympathisants du Rassemblement national se montrent nettement plus réticents, avec 31 % d'opinions favorables.
Cette transversalité politique surprend les analystes. L'enquête met en lumière « une forme de consentement fiscal ciblé, fondé sur la visibilité et l'utilité concrète de la dépense publique ». Les Français ne demandent pas plus d'impôts par principe, mais acceptent l'idée d'une contribution dont ils perçoivent directement les bénéfices dans leur quotidien.
Le soutien au rétablissement est d'ailleurs plus marqué dans les zones rurales et périurbaines, là où l'accès aux services publics est jugé plus difficile. Un signal d'alerte pour les candidats aux élections municipales de mars 2026, qui devront se positionner sur la question du financement local.
Le gouvernement envisage une « contribution modeste »
Ce sondage intervient dans un contexte où le gouvernement lui-même explore la piste d'un retour partiel de la fiscalité locale. Selon Les Échos, l'exécutif réfléchirait à une « contribution symbolique » oscillant entre 10 et 100 euros par foyer. Trois scénarios sont à l'étude : un montant fixe pour tous, un calcul proportionnel selon la taille du logement, ou un barème progressif basé sur les revenus.
Le terme « impôt » est soigneusement évité dans la communication gouvernementale. Les ministres préfèrent parler de « participation citoyenne » ou de « contribution aux services publics locaux ». Une stratégie sémantique qui ne trompe guère les élus locaux.
Du côté des maires, le discours est sans ambiguïté. Jean-François Copé, maire de Meaux, a déclaré que « la suppression de la taxe d'habitation était une mauvaise idée », rappelant qu'elle constituait un véritable « levier fiscal pour les collectivités locales ». Avant sa suppression progressive entre 2018 et 2023, cet impôt rapportait entre 18 et 19 milliards d'euros par an aux communes.
Au-delà de la question fiscale, l'étude révèle un attachement profond des Français à la vie locale : la moitié des sondés se dit prête à consacrer du temps bénévole à des missions d'intérêt général, du soutien scolaire à l'entretien de l'espace public. Un signal qui dépasse largement la seule question budgétaire et interroge le lien entre citoyens et collectivités à l'heure où les contraintes financières pèsent durablement sur les communes.