Fichage des musulmans : le ministère de l'Intérieur enquête sur le site MaFrance.app
Le ministère de l'Intérieur a confirmé l'ouverture d'une enquête sur le site MaFrance.app, accusé de cartographier les mosquées, boucheries halal et hébergements de migrants en France. La députée écologiste Sabrina Sebaihi a saisi le procureur de Paris pour mettre fin à ce qu'elle qualifie de « fichage illégal » visant les Français de confession musulmane.
L'affaire a éclaté le 4 janvier 2026 lorsque la députée des Hauts-de-Seine a dénoncé publiquement l'existence de ce site sur les réseaux sociaux. Sabrina Sebaihi accuse la plateforme de publier des « statistiques ethniques » et des données fondées sur l'origine réelle ou supposée des personnes, en violation flagrante du droit français qui interdit la collecte de telles informations.
Fichage de lieux de culte, de personnes en raison de leur origine réelle ou supposée, statistiques ethniques, projection de « remigration », les années 40 et leur cortège de délations n'ont visiblement pas eu de fin. Monsieur le ministre @NunezLaurent, je vous demande de fermer… https://t.co/UM1kS8JHWu pic.twitter.com/hVil3MiQ1Y
— Sabrina Sebaihi (@SabrinaSebaihi) January 4, 2026
Le site, qui utilise le pseudonyme « Rémi Gration » en référence au concept de « remigration » cher à l'extrême droite, propose des « indices » d'islamisation, d'immigration et d'insécurité par département. Il répertorie les lieux de culte musulmans, les commerces halal et identifie les prénoms d'origine « arabo-musulmane ». Des fonctionnalités qui ont provoqué l'indignation des associations antiracistes et d'élus de tous bords.
Une mobilisation politique et associative sans précédent
Face à la gravité des accusations, les réactions se multiplient. Au Sénat, le président du groupe écologiste Guillaume Gontard qualifie l'initiative de « totalement scandaleuse et illégale ». Il dénonce une « stigmatisation décomplexée de la communauté musulmane » et estime que le site s'apparente à de la « dénonciation et de la menace ».
L'association SOS Racisme a annoncé sa décision de saisir le pôle national de lutte contre la haine en ligne. L'organisation envisage de porter plainte pour « injures publiques à caractère raciste » et « provocation à la discrimination raciale » afin d'obtenir la fermeture définitive du site et la condamnation de son créateur.
La députée Sebaihi a formellement saisi la procureure de Paris au titre de l'article 40 du code de procédure pénale. Elle accuse le site de « provocation à la discrimination et à la haine raciale » ainsi que d'« introduction frauduleuse de données dans un système de traitement automatisé ». Le ministère de l'Intérieur, dirigé par Laurent Nuñez, assure prendre le signalement « très au sérieux ».
Du côté de la plateforme incriminée, on se défend en affirmant être « confiant d'un point de vue légal » et en soutenant que toutes les sources utilisées sont « déjà publiques, et le plus souvent officielles ». Une ligne de défense qui ne convainc guère les juristes, pour qui le regroupement de données à des fins discriminatoires reste illégal, même si les sources individuelles sont publiques. L'enquête du ministère de l'Intérieur devra déterminer si le site enfreint effectivement la législation française sur la lutte contre les discriminations et la protection des données personnelles.