Procès Le Pen : l'appel qui décidera de la présidentielle 2027
Le procès en appel de Marine Le Pen dans l'affaire des assistants parlementaires européens s'est ouvert ce mardi 13 janvier 2026 à Paris. L'issue de cette audience, qui durera cinq semaines, pourrait sceller définitivement le sort politique de la cheffe de file du Rassemblement national à dix-huit mois de l'élection présidentielle.
Condamnée en mars 2025 à quatre ans de prison dont deux ferme, 100 000 euros d'amende et surtout cinq ans d'inéligibilité avec exécution immédiate, Marine Le Pen joue son avenir devant la cour d'appel. « Il y a eu une époque où l'on fusillait les gens. Aujourd'hui, on vous fusille judiciairement. Cela signifie la mort politique », a-t-elle déclaré à l'ouverture des débats.
L'affaire remonte à la période 2004-2016. Le tribunal a établi qu'un « système » permettait de rémunérer des collaborateurs du parti avec les fonds alloués par le Parlement européen aux assistants parlementaires. Ces contrats, qualifiés de « fictifs », auraient permis au Front national (devenu Rassemblement national) de détourner environ 2,9 millions d'euros de fonds publics européens.
Une défense conciliante face aux juges
Contrairement à sa posture de première instance, Marine Le Pen a adopté un ton plus mesuré. « Nous n'avions pas le sentiment de commettre une quelconque infraction lorsque nous engagions nos assistants », a-t-elle plaidé. Elle a également mis en cause le Parlement européen, accusé de n'avoir jamais tiré la sonnette d'alarme sur ces pratiques.
Sur les 25 personnes initialement condamnées, 13 ont fait appel. Parmi elles, cinq anciens eurodéputés dont Louis Aliot et Nicolas Bay, ainsi que cinq ex-assistants parlementaires. Le parti lui-même comparaît en tant que personne morale.
L'affaire a pris une dimension internationale lorsque les États-Unis ont menacé la France de représailles, qualifiant la condamnation de « chasse aux sorcières ». Donald Trump a dénoncé « un exemple de gauchistes européens utilisant le lawfare pour faire taire la liberté d'expression ».
Trois scénarios pour 2027
Le verdict est attendu avant l'été 2026. Trois issues sont possibles : une relaxe permettrait à Marine Le Pen de se présenter librement en 2027. Une confirmation de la condamnation l'exclurait définitivement de la course. Un troisième scénario verrait la cour prononcer une condamnation sans inéligibilité, ou avec une durée réduite.
En cas de nouveau revers, ses avocats ont d'ores et déjà annoncé un pourvoi en cassation. Le premier président de la Cour de cassation, Christophe Soulard, a indiqué que la plus haute juridiction rendrait « si possible » son arrêt avant le scrutin présidentiel. Ce calendrier serré pourrait paradoxalement profiter à Marine Le Pen : un pourvoi suspend l'exécution de la peine, lui permettant théoriquement de candidater.
Si elle ne peut se présenter, le Rassemblement national devra se tourner vers son président, Jordan Bardella, 30 ans. Les sondages actuels placent le parti en tête des intentions de vote, quel que soit le candidat désigné.
Les audiences se poursuivront jusqu'au 12 février. Un mois durant lequel Marine Le Pen tentera de convaincre les juges de lui offrir une quatrième chance présidentielle.