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114 Rafale vendus à l'Inde : un contrat historique qui soulève des questions

Le ministère indien de la Défense a officiellement donné son feu vert, le 12 février 2026, à l'acquisition de 114 avions Rafale auprès de Dassault Aviation. Estimé à 40 milliards de dollars, ce contrat pharaonique constitue la plus grosse commande jamais enregistrée par l'avionneur français. Mais derrière les célébrations parisiennes, le transfert de technologie concédé à New Delhi soulève de sérieuses interrogations sur les retombées réelles pour l'industrie française.

Le Defence Acquisition Council (DAC), présidé par le ministre indien de la Défense Rajnath Singh, a accordé une « Acceptance of Necessity » pour ce programme colossal. Concrètement, sur les 114 appareils commandés, seuls 18 seront livrés clés en main depuis la France. Les 96 restants seront assemblés directement en Inde, dans le cadre de la politique « Make in India » chère au Premier ministre Narendra Modi. La signature officielle du contrat est attendue lors de la visite d'Emmanuel Macron à New Delhi, prévue le 20 février.

Sur le papier, les chiffres donnent le vertige. Selon plusieurs économistes, ce contrat pourrait faire grimper le PIB français de 0,25 à 0,3 point sur l'année 2026. L'Inde disposera ainsi d'une flotte de Rafale équivalente à celle de l'armée de l'Air française, un fait qui en dit long sur l'ampleur de cette transaction. Après les 36 appareils vendus en 2015 et les 26 Rafale Marine commandés en 2025, New Delhi devient de loin le premier client export de Dassault Aviation.

Le transfert de technologie, point de crispation majeur

C'est le volet le plus controversé de l'accord. Safran, le motoriste français, a annoncé le 13 février 2026 l'installation d'une chaîne d'assemblage du moteur M88 en Inde — une première hors de France. « On va établir une chaîne d'assemblage en Inde évidemment », a confirmé le directeur général de Safran, Olivier Andriès, lors de la présentation des résultats 2025 du groupe. New Delhi réclame un transfert de technologie à 100 % sur les moteurs, un levier stratégique pour accélérer le développement de son propre avion de cinquième génération, l'AMCA.

Toutefois, Safran a tenu à rassurer : « Les pièces les plus critiques du moteur M88, on ne va pas les faire ailleurs qu'en France », a précisé Olivier Andriès, citant notamment le site du Creusot. Les codes sources des systèmes critiques resteront également sous le contrôle de Dassault et Thales. Le contenu local indien démarrera autour de 30 % pour monter progressivement, avec un objectif affiché de 50 % à terme.

Ce schéma suscite néanmoins des inquiétudes légitimes. Comme le souligne une analyse vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, la France concède des technologies stratégiques dans un secteur où elle faisait jusqu'ici cavalier seul. La question de l'emploi se pose frontalement : si l'essentiel de la production est délocalisé, quelles retombées concrètes pour les bassins industriels français de l'aéronautique de défense ?

Un enjeu géostratégique qui dépasse la vente d'armes

Le contexte géopolitique éclaire cependant la logique de cette transaction. L'Inde, confrontée à un déficit criant de ses escadrons de chasse — 29 opérationnels contre 42 requis —, avait un besoin urgent de renouveler sa flotte. Le Rafale s'est imposé face à une concurrence féroce : le F-21 de Lockheed Martin, le Gripen E/F de Saab, le F-15EX de Boeing ou encore le Su-57 russe étaient sur les rangs.

L'opération Sindoor de mai 2025, au cours de laquelle l'Inde a utilisé le missile SCALP-EG du Rafale, a joué un rôle déterminant dans cette décision. Ce baptême du feu a transformé l'avion français en un atout stratégique éprouvé aux yeux de New Delhi. Par ailleurs, le contrat inclut une option d'évolution vers le standard F5, prévu au début des années 2030, intégrant le moteur M88 T-REX et des capacités de combat collaboratif avec des drones.

Pour la France, ce méga-contrat démontre au moins une chose : Dassault Aviation est capable de concevoir et produire un avion de combat de dernière génération sans dépendre de partenaires européens. Un argument de poids alors que le programme SCAF (Système de Combat Aérien du Futur), développé conjointement avec l'Allemagne et l'Espagne, accumule les retards et les tensions industrielles. Reste à savoir si le prix à payer — en termes de souveraineté technologique — ne sera pas, à long terme, trop élevé.

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