Jack Lang, l'intermédiaire discret entre Paris et Rabat pendant la crise
Selon une enquête du journal Le Monde publiée ce 10 février 2026, Jack Lang a joué un rôle d'intermédiaire officieux entre Paris et Rabat au plus fort de la crise diplomatique franco-marocaine. Entre 2021 et 2023, l'ancien ministre de la Culture adressait régulièrement des notes à l'Élysée, conseillant à Emmanuel Macron d'infléchir la position française sur le dossier du Sahara occidental. Des révélations qui éclairent d'un jour nouveau le rapprochement spectaculaire entre les deux pays.
La crise entre la France et le Maroc, ouverte en 2021, a été l'une des plus graves de l'histoire récente des relations bilatérales. Suspension des contacts officiels, gel des coopérations, réduction drastique des visas côté français, campagne médiatique offensive côté marocain : les deux pays semblaient engagés dans une spirale de défiance. C'est dans ce contexte tendu que Jack Lang, fort de ses liens anciens avec le palais royal, a multiplié les interventions en coulisses.
D'après les éléments recueillis par Le Monde, l'ancien ministre adressait des notes circonstanciées à la présidence de la République. Son message principal : la France devait réviser sa position sur le Sahara occidental et soutenir officiellement la souveraineté marocaine sur ce territoire disputé. Un conseil stratégique qui allait dans le sens des revendications de Rabat, alors que Paris maintenait jusque-là une position de neutralité relative sur ce dossier.
Un artisan discret du rapprochement franco-marocain
Reçu à plusieurs reprises par le roi Mohammed VI ces dernières années, Jack Lang entretenait un canal de communication privilégié entre les deux capitales. Son rôle à la tête de l'Institut du monde arabe (IMA), institution culturelle à la gouvernance franco-arabe, lui conférait une légitimité particulière pour intervenir sur les questions diplomatiques méditerranéennes. Sa connaissance intime du Maroc, où il séjourne régulièrement, notamment à Marrakech, faisait de lui un interlocuteur de confiance pour le palais royal.
Le tournant est intervenu à l'été 2024, lorsqu'Emmanuel Macron a adressé une lettre au roi Mohammed VI reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Ce geste, qualifié de « cadeau diplomatique » par plusieurs observateurs, a ouvert la voie à la visite d'État du président français à Rabat en octobre 2024. Jack Lang figurait d'ailleurs parmi les personnalités de la délégation officielle, aux côtés de Bernard-Henri Lévy et Teddy Riner.
Devant le Parlement marocain, Emmanuel Macron avait alors réaffirmé le soutien français à la « souveraineté marocaine », tout en promettant des investissements pouvant atteindre dix milliards d'euros. Ce rapprochement a toutefois provoqué le retrait de l'ambassadeur d'Algérie à Paris, Alger considérant cette prise de position comme une trahison de la neutralité française.
Un intermédiaire rattrapé par l'affaire Epstein
Ces révélations sur le rôle diplomatique de Jack Lang surviennent dans un contexte particulièrement défavorable pour l'ancien ministre. Depuis la publication fin janvier 2026 de millions de documents judiciaires américains liés à l'affaire Jeffrey Epstein, dans lesquels son nom apparaît à 673 reprises, Jack Lang a été contraint de proposer sa démission de la présidence de l'IMA le 7 février.
Le Parquet national financier a par ailleurs ouvert une enquête préliminaire pour blanchiment de fraude fiscale aggravée visant Jack Lang et sa fille Caroline, en lien avec une société offshore créée avec le financier américain. Dans sa lettre de démission, l'ancien ministre a réfuté les accusations, dénonçant un climat « délétère » mêlant « attaques personnelles, soupçons et amalgames ».
Le conseil d'administration de l'IMA doit se réunir le 16 février pour désigner un successeur. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a pris acte de la démission et lancé la procédure de nomination. Un chapitre se ferme pour celui qui aura été, pendant treize ans, le visage de l'institution culturelle franco-arabe — et, comme le révèle désormais Le Monde, un acteur de l'ombre de la diplomatie française au Maghreb.