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Iran : l’appel de Reza Pahlavi à manifester relance la contestation en exil

Depuis Washington, Reza Pahlavi, fils du dernier chah d’Iran, a appelé les Iraniens à descendre dans les rues du 17 au 19 janvier 2026. Son objectif : maintenir la flamme de la contestation contre le régime de Téhéran, trois ans après le soulèvement de 2022 qui avait secoué le pays. Un appel symbolique, relayé sur les réseaux sociaux et soutenu par la diaspora, qui remet en lumière la fracture profonde entre le pouvoir et une population en quête de liberté.

Reza Pahlavi n’est pas un inconnu pour les Iraniens. Héritier de la dynastie Pahlavi renversée en 1979, il est le fils de Mohammad Reza Chah, dont le règne autoritaire fut marqué par la répression politique, l’enrichissement du clan royal et une dépendance croissante à l’égard des États-Unis. Si certains nostalgiques voient en lui le symbole d’un Iran moderniste perdu, beaucoup d’autres se méfient de ce qu’ils considèrent comme un retour à une époque de dictature. « Les Iraniens n’ont pas oublié la SAVAK et les prisons du Chah », rappelle l’historienne Azadeh Khosravi.

Le message, diffusé sur X (ex-Twitter) et Telegram, exhorte les Iraniens à « occuper pacifiquement l’espace public pour faire entendre la voix du peuple opprimé ». L’ancien prince héritier, figure controversée de l’opposition en exil, tente de fédérer un mouvement émietté entre monarchistes, réformateurs et militants des droits humains. Dans une vidéo diffusée ce vendredi, il déclare : « Le régime n’a plus de légitimité. L’Iran doit redevenir la patrie de tous, pas la prison de chacun. »

À Téhéran, les autorités ont immédiatement dénoncé une tentative de « déstabilisation orchestrée de l’étranger », renforçant la surveillance et limitant l’accès à Internet. Les forces de sécurité ont été déployées dans plusieurs grandes villes, notamment à Ispahan, Machhad et Chiraz. Malgré la répression, des rassemblements sporadiques ont été signalés par des ONG locales. L’organisation Human Rights Activists in Iran (HRAI) a documenté « plusieurs dizaines d’arrestations préventives » dès les premières heures du mouvement.

Un écho jusqu’aux rives de la Méditerranée

Pour les communautés iraniennes établies en Europe et autour du bassin méditerranéen, cet appel prend une dimension particulière. À Paris, Marseille et Athènes, des veillées de soutien ont été organisées en hommage aux victimes de la répression. En France, la diaspora iranienne, très mobilisée depuis la mort de Mahsa Amini en 2022, continue de faire entendre sa voix. « Nous ne pouvons pas rester silencieux. Chaque mobilisation, même symbolique, est une manière de rappeler que le monde regarde », confie à Mediaterranee.com Nima Rahimi, membre du collectif Iran Libre France.

Mais du côté américain, l’attitude vis-à-vis de Reza Pahlavi reste empreinte d’une grande prudence. Les États-Unis, échaudés par leur rôle dans le soutien au Chah avant la révolution islamique, hésitent à adouber un opposant dont l’image reste associée à un passé jugé autoritaire. « Washington veut éviter l’erreur d’un changement de régime piloté de l’extérieur », analyse un chercheur du Middle East Institute cité par l’agence Reuters. Cette réserve nourrit aussi le scepticisme d’une partie de la diaspora, qui redoute un leadership hors-sol, sans légitimité populaire réelle.

La portée réelle de l’appel reste donc incertaine. Si Reza Pahlavi bénéficie d’un écho médiatique fort en Occident, il ne dispose d’aucune structure politique organisée sur le terrain. Son influence s’appuie essentiellement sur les réseaux sociaux et les relais de la diaspora. Comme l’expliquait récemment notre dossier sur la diaspora iraniène dans le monde, l’exil iranien agit comme un miroir fragmenté : puissant à l’extérieur, mais souvent déconnecté des réalités du pays.

Pour les observateurs, cet appel révèle néanmoins une vérité : la contestation iranienne, même étouffée, reste vivante. Les revendications pour plus de libertés, d’égalité et de justice n’ont pas disparu. « L’histoire iranienne nous apprend que les régimes autoritaires tombent souvent quand on ne s’y attend plus », conclut Azadeh Khosravi. En attendant, le mouvement se poursuit, entre courage et désillusion, entre Téhéran et Marseille, entre espoir et exil.

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