Pétrole : le Maroc importe 9 % de plus, le Brent reste au-dessus de 107 dollars
Les importations maritimes de produits pétroliers du Maroc ont progressé de 9 % entre janvier et septembre 2026, à 271 000 barils par jour en moyenne, rapporte Industrie du Maroc ce lundi 19 octobre. Sur un autre registre, celui de la valeur, l'Office des changes chiffre la facture énergétique du royaume à plus de 96 milliards de dirhams à fin août, en hausse d'un tiers sur un an. Le baril de Brent, lui, a reculé lundi matin après la suspension de sanctions américaines visant la Russie, mais il reste au-dessus de 107 dollars, tout près de ses plus hauts niveaux depuis le printemps.
Le chiffre de 9 % mesure des volumes débarqués dans les ports, pas une dépense. Selon Industrie du Maroc, la progression s'accompagne d'une diversification des fournisseurs, les États-Unis occupant « une place croissante » parmi eux, sans que le média détaille la part de chaque pays. Le magazine prévient lui-même que cette hausse « ne signifie toutefois pas nécessairement une augmentation équivalente de la consommation nationale », les mouvements de stocks et les changements de fournisseurs pouvant gonfler les arrivages. Le Maroc achète presque exclusivement des produits déjà raffinés, puisque le pays n'a plus de raffinerie en activité depuis l'arrêt de la Samir, à Mohammedia, comme le rappelait le même média le 2 octobre.
L'Espagne illustre ce basculement. D'après les statistiques de la Corporation espagnole des réserves stratégiques (CORES) actualisées le 13 octobre et relayées par Finances News Hebdo, les livraisons de gasoil espagnol vers le Maroc ont atteint 161 000 tonnes en août, contre 83 000 tonnes en juillet, soit une progression de 94 %. Le royaume a absorbé 24,2 % des 666 000 tonnes de gasoil exportées par l'Espagne ce mois-là. Tous produits pétroliers confondus, il a reçu 271 000 tonnes en août, devant la France (207 000 tonnes) et le Portugal (186 000 tonnes).
Une facture énergétique alourdie d'un tiers en huit mois
Les indicateurs mensuels des échanges extérieurs de l'Office des changes, arrêtés à fin août 2026 et relayés le 2 octobre par Atlasinfo, donnent la mesure du choc en valeur. La facture énergétique s'établit à 96,37 milliards de dirhams, contre 72,66 milliards un an plus tôt, soit 23,7 milliards de plus (+32,6 %). Les achats de gasoils et de fuel-oils pèsent à eux seuls 50,7 milliards (+44,9 %), les huiles et lubrifiants 12,2 milliards (+55,4 %) et l'essence 5,9 milliards (+39,5 %). Ces montants couvrent huit mois, quand les volumes cités par Industrie du Maroc en couvrent neuf : les deux séries ne se comparent donc pas terme à terme.
Le poids de l'énergie pèse sur une balance déjà déséquilibrée. Toujours selon l'Office des changes, les importations de biens atteignent 617,5 milliards de dirhams sur huit mois (+15,8 %), contre 334,9 milliards d'exportations (+8,7 %). Le déficit commercial se creuse de 25,4 %, à 282,6 milliards, et le taux de couverture tombe à 54,2 %. Finances News Hebdo rappelle que, dans sa note du 5 octobre, le Haut-Commissariat au Plan a relevé une hausse de 10 % de l'indice des valeurs unitaires à l'importation au deuxième trimestre, avec un bond de 53,1 % pour l'énergie et les lubrifiants. Autrement dit, le Maroc paie surtout plus cher, avant d'acheter davantage.
Un Brent en repli lundi, mais toujours au-dessus de 107 dollars
Sur le marché, la journée de lundi a commencé par un repli. Dans une dépêche publiée par Boursorama à 11 h 43, Reuters indique que les contrats à terme sur le Brent « ont reculé de 1,8 % pour s'établir à environ 107 dollars le baril », après la décision de Donald Trump de lever certaines sanctions à l'encontre de la Russie. Le secrétaire d'État Marco Rubio a précisé samedi que le président disposerait d'un délai pouvant aller jusqu'à 60 jours pour évaluer l'impact économique de cette mesure. Le Matin d'Algérie, qui titre sur un baril à 108,69 dollars, relève lui aussi dans son texte que le Brent perdait 2,08 %, à 107,57 dollars, vers 6 h 19 GMT, et le WTI 1,92 %, à 99,46 dollars. Les deux références avaient terminé vendredi à leurs plus hauts niveaux depuis plusieurs mois ; selon le courtier indien HDFC Sky, le Brent avait même touché brièvement 110 dollars vendredi, un niveau inédit depuis mai.
Le recul reste limité parce que les routes maritimes du Golfe demeurent sous tension. Reuters signale que l'Iran a fait état d'un nouveau pétrolier ayant heurté une mine dans le détroit d'Ormuz, et que les coûts de transport et d'assurance maintiennent le pétrole livrable immédiatement à un prix nettement supérieur aux contrats à terme. Mediaterranee avait détaillé en mai les craintes de l'Agence internationale de l'énergie sur le détroit d'Ormuz. Pour les produits raffinés, que le Maroc importe, la tension est encore plus forte : TotalEnergies a annoncé une marge de raffinage européenne passée de 13,5 à 33,2 dollars le baril entre le deuxième et le troisième trimestre, soit +146 % d'un trimestre à l'autre, selon L'Automobiliste du 16 octobre. En France, cette rareté avait déjà porté le gazole à un plus haut historique à la pompe début septembre.
Au Maroc, les prix à la pompe suivent ce marché des produits finis avec une révision tous les quinze jours. D'après Hespress, le gasoil a perdu 20 centimes dans la nuit du 15 au 16 octobre, pour s'afficher autour de 15,61 dirhams le litre contre 15,81 auparavant, l'essence restant proche de 15,33 dirhams. Cette baisse suit une hausse de 80 centimes sur le gasoil et de 39 centimes sur l'essence appliquée le 1er octobre. Depuis la mi-juillet, le gasoil a enchaîné six hausses pour un cumul d'environ 3,54 dirhams par litre, ramené à 3,34 dirhams après la décrue d'octobre, et « le gasoil se vend désormais plus cher que l'essence », note le média. Réunie le 30 septembre à Rabat, la commission ministérielle de suivi des tensions au Moyen-Orient a assuré que les stocks de gasoil et de butane couvraient entre 40 et 60 jours de consommation.
Le retour du gazole russe pourrait peser sur les prochaines révisions. Hespress rappelle que Washington a autorisé le 9 octobre, sous conditions, certaines opérations d'achat de diesel d'origine russe par une licence générale de l'OFAC, et que Moscou a partiellement levé ses restrictions à l'exportation de gazole à partir du 10 octobre. Pour la facture marocaine, la variable décisive n'est donc pas le seul cours du brut, mais le prix du gasoil rendu dans les ports et le coût du fret. Les indicateurs de l'Office des changes à fin septembre diront si la hausse des volumes se traduit par un nouvel alourdissement de la note.