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Interdits au Maroc, des voyageurs algériens refoulés par Air France et Transavia

Depuis le 16 septembre 2026, le Maroc interdit l'entrée sur son territoire aux ressortissants algériens non-résidents, sans aucune annonce officielle de Rabat. Air France a le premier appliqué la mesure en filtrant ses passagers au départ d'Alger et d'Oran, avant que sa filiale low-cost Transavia ne refuse à son tour l'embarquement à des voyageurs algériens partis de France, dont une mère de famille et sa fille bloquées à Orly le 19 septembre.

La compagnie française a activé une procédure de vérification systématique pour tous les passagers de nationalité algérienne à destination du royaume chérifien. Selon plusieurs témoignages recueillis par la presse algérienne, les équipes d'Air France à Alger et à Oran reçoivent désormais la consigne de n'autoriser l'embarquement qu'aux voyageurs munis d'une carte de résident marocain valide. Or, en temps normal, les ressortissants algériens ne sont soumis à aucune obligation de visa pour se rendre au Maroc : un passeport biométrique en cours de validité suffit.

Le cas le plus documenté concerne une Algérienne installée en France, munie d'un passeport algérien valide et d'un titre de séjour français de dix ans. Elle devait s'envoler avec sa fille vers Marrakech le 19 septembre à 19h05, sur un vol Transavia au départ d'Orly. Après avoir franchi sans encombre le contrôle de la police aux frontières, elle a appris au moment de l'embarquement qu'elle ne pouvait pas voyager, en raison de cette nouvelle mesure marocaine. « J'avais les documents exigés lors du départ, à savoir un passeport algérien valide et un titre de séjour français de 10 ans », a-t-elle expliqué à la presse. Elle ajoute avoir mis « un an pour économiser cette somme », en tant que mère de deux enfants.

Un refus d'embarquement sans explication ni compensation

Au-delà du refus d'embarquer, c'est l'attitude des deux compagnies après coup qui interroge les voyageurs concernés. Transavia a refusé de délivrer à cette passagère une attestation de débarquement mentionnant le motif réel de son refoulement, se contentant de fournir un simple justificatif de non-présence à bord. Ce document ne suffit pas pour engager une procédure de remboursement complète, ce qui a contraint la famille à multiplier les relances. Malgré plus de cinq courriers envoyés au service client, la compagnie ne lui aurait toujours pas transmis le document nécessaire à l'indemnisation.

Ce silence administratif alimente le sentiment d'un traitement à deux vitesses. Ni les autorités marocaines ni Air France et Transavia n'ont publiquement reconnu ou justifié l'existence de cette politique de filtrage. Une source marocaine de haut niveau, citée par la presse, s'est bornée à indiquer qu'il n'y avait « rien d'officiel en la matière », sans démentir la réalité des refus d'embarquement rapportés par de nombreux passagers depuis une semaine. Cette absence de communication tranche avec l'ampleur de la mesure, qui touche des familles entières ayant réservé leurs billets plusieurs mois à l'avance.

Alger dénonce une discrimination et met en garde Air France

Le quotidien gouvernemental algérien El Moudjahid a vivement réagi à ces refus d'embarquement, accusant Air France de discriminer les voyageurs algériens en transit par la France vers le Maroc. Le journal qualifie la démarche de la compagnie française de « crash éthique » et affirme que toute décision restrictive devrait reposer sur des bases réglementaires clairement établies et s'appliquer dans le respect des droits des voyageurs, ce qui n'aurait pas été le cas ici puisque la restriction ne viserait que les passagers de nationalité algérienne. Le journal prévient que cette pratique « ne peut rester sans conséquence sur les liens de coopération que l'Algérie entretient avec la compagnie française ».

Plusieurs avocats et observateurs cités dans la presse algérienne s'interrogent également sur l'origine exacte de la consigne, certains évoquant une décision prise directement par Air France plutôt qu'une simple transmission d'instructions marocaines, dans le prolongement de la mesure marocaine entrée en vigueur le 16 septembre. Cette zone grise juridique complique la tâche des voyageurs souhaitant contester leur refus d'embarquement, faute de texte officiel à opposer aux compagnies. Le précédent historique n'est pas anodin : le Maroc avait déjà imposé un visa aux ressortissants algériens en 1994, à la suite d'un attentat commis à Marrakech, avant de lever cette obligation des années plus tard.

Pour l'heure, aucun bilan chiffré du nombre de passagers refoulés depuis le 16 septembre n'a été communiqué, ni par les autorités marocaines, ni par Air France, ni par Transavia. Les voyageurs algériens ayant déjà réservé un billet vers le Maroc dans les prochaines semaines restent donc dans l'incertitude, sans savoir s'ils pourront embarquer le jour du départ ni quelles preuves de résidence seront exigées. Cette zone d'ombre nourrit la controverse autour d'une mesure qui, faute de cadre officiel, s'apparente pour l'instant à une consigne appliquée au coup par coup par les compagnies aériennes.

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