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Plus de 323 000 Algériens devenus Français entre 2004 et 2023, selon une étude

Entre 2004 et 2023, 323 151 personnes de nationalité algérienne ont acquis la nationalité française, selon une étude de la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol) et de l'Observatoire de l'immigration et de la démographie (OID) publiée en octobre et relayée lundi 19 octobre 2026 par Algérie Eco. Sur ces vingt années, les Algériens occupent le deuxième rang des nationalités d'origine, derrière les Marocains, dans un pays qui compte environ trois millions de nouveaux citoyens nés étrangers depuis 2000.

L'étude, intitulée « L'acquisition de la nationalité française. Radiographie et propositions », est signée par Nicolas Pouvreau-Monti, directeur de l'OID, et éditée par la Fondapol, qui se présente comme un think tank libéral. Elle s'appuie sur les données de l'Insee, du ministère de l'Intérieur et d'Eurostat. Sur la période 2004-2023, les Marocains arrivent en tête avec 404 286 acquisitions, devant les Algériens (323 151) et les Tunisiens (146 043). Les Turcs et les Portugais complètent les cinq premières places. À eux seuls, les ressortissants des trois pays du Maghreb représentent 36 % des personnes devenues françaises sur ces vingt ans, et les personnes originaires du continent africain 61,5 %, contre 20 % pour celles nées en Europe, selon les auteurs.

Le chiffre de 323 000 ne désigne pas uniquement des naturalisations par décret. Il regroupe l'ensemble des voies d'accès à la nationalité recensées par Eurostat selon la nationalité antérieure : décret, mariage, déclaration ou droit du sol différé. À l'échelle de toutes les nationalités, l'étude compte environ trois millions d'acquisitions entre 2000 et 2024, dont près de 1,6 million par décret, 770 000 par le droit du sol différé et 560 000 à la suite d'un mariage avec une personne française. Les auteurs estiment que le premier quart du XXIe siècle a enregistré près de deux fois plus d'acquisitions que le dernier quart du XXe. Comme le rappelle ObservAlgérie, ces statistiques portent sur la nationalité d'origine des personnes concernées et ne constituent pas un recensement des résidents d'ascendance algérienne.

La France, premier passeport européen des Algériens

Un autre résultat de l'étude concerne le choix du pays. Entre 2004 et 2023, 83 % des Algériens ayant obtenu la citoyenneté d'un État de l'Union européenne sont devenus français. La proportion tombe à 61 % pour les Tunisiens et à 28 % pour les Marocains.ObservAlgérie précise que ce taux ne signifie pas que 83 % des Algériens vivant en France ont obtenu la nationalité : il mesure seulement la part de la France parmi les acquisitions de citoyenneté européenne par des ressortissants algériens.

Les données les plus récentes datent de 2025. Selon l'édition 2026 de « L'essentiel de l'immigration », publiée par le ministère de l'Intérieur et reprise le 2 septembre par ObservAlgérie et Algérie Eco, 11 551 ressortissants algériens ont acquis la nationalité française l'an dernier, dont 4 896 par décret, 3 118 par déclaration (mariage, ascendants, frères et sœurs de Français) et 3 431 par déclaration anticipée, une procédure réservée aux jeunes de 13 à 17 ans nés en France. Les Marocains restent premiers avec 13 643 acquisitions, les Tunisiens troisièmes avec 6 978. La même année, 28 531 premiers titres de séjour ont été délivrés à des Algériens, en baisse de 2,8 %, et 204 242 visas, en recul d'environ 20 % sur un an, d'après Algérie Eco.

Des conditions durcies depuis le 1er janvier 2026

Toutes nationalités confondues, la France a prononcé 98 139 acquisitions en 2025 contre 103 661 en 2024, soit une baisse de 5,3 %, selon les chiffres du ministère cités par ObservAlgérie. Le recul vient des décrets : 42 246 en 2025 contre 48 829 un an plus tôt (moins 13,5 %), alors que les acquisitions par déclaration progressent de 2,3 % et celles par mariage de 10,5 %. L'étude Fondapol-OID relie cette inflexion à la circulaire du 2 mai 2025 signée par Bruno Retailleau, alors ministre de l'Intérieur, qui a précisé les critères d'examen des demandes de naturalisation par décret.

Depuis le 1er janvier 2026, les règles se sont encore resserrées. Le décret n° 2025-648 du 15 juillet 2025 impose aux candidats à la naturalisation et aux conjoints de Français un niveau de français B2, contre B1 auparavant, ainsi qu'un examen civique de 40 questions à choix multiple dont il faut réussir au moins 32, rapporte Le Petit Journal. Cette épreuve conditionne également certains titres de séjour, comme l'a détaillé notre enquête sur le test civique obligatoire. Les dossiers complets déposés avant le 31 décembre 2025 restent examinés selon les anciennes règles.

Le rapport ne se limite pas au constat. Ses auteurs proposent de faire de la naturalisation par décret la seule voie d'accès à la nationalité, avec dix ans de résidence exigés, de porter de quatre à huit ans la durée de vie commune exigée des conjoints de Français et de conditionner le droit du sol à une manifestation de volonté entre 18 et 21 ans. Un sondage cité dans l'étude, réalisé en septembre 2026, donne 61 % de Français favorables à cette voie unique. Entre Paris et Alger, la question de la nationalité reste sensible, comme l'a montré le cas de l'écrivain Boualem Sansal, qui se dit « seulement français désormais » après avoir été déchu de sa nationalité algérienne. Les 323 000 Algériens devenus français en vingt ans sont, eux, déjà citoyens : les nouvelles règles ne concernent que les dossiers déposés depuis le début de l'année.

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