Le jardinier marocain des Le Pen expulsé : la polémique enfle en France
Hatim B., 32 ans, ressortissant marocain employé comme jardinier par la famille Le Pen depuis 2017, a été expulsé vers le Maroc par décision du préfet des Hauts-de-Seine. Jany Le Pen, veuve de Jean-Marie Le Pen, s'était personnellement rendue au centre de rétention administrative (CRA) de Nanterre pour tenter de s'opposer à l'expulsion, allant jusqu'à mandater un avocat pour défendre son employé. En vain : la décision du préfet, réputé pour sa ligne très ferme sur les questions d'immigration, a été maintenue. Cette affaire met en lumière une contradiction saisissante au cœur même de la famille emblématique de l'extrême droite française.
Hatim B. vivait en France depuis 2017, sans jamais avoir obtenu de titre de séjour en règle. Il avait trouvé un emploi stable au service de la famille Le Pen, dont il entretenait les jardins, et menait une vie discrète dans les Hauts-de-Seine. Rien ne laissait présager que sa situation allait se retourner contre lui aussi brutalement. Interpellé par les autorités, il a été placé au centre de rétention administrative de Nanterre avant d'être reconduit à la frontière et renvoyé au Maroc, pays dont il est originaire.
C'est dans ce CRA que Jany Le Pen s'est rendue pour tenter d'empêcher l'expulsion. La veuve du fondateur du Front National, qui avait trouvé en Hatim B. un employé de confiance, a usé de son réseau pour faire appel à un avocat, espérant obtenir un sursis ou une régularisation. Mais le préfet des Hauts-de-Seine, connu dans les milieux administratifs pour l'application particulièrement stricte qu'il fait de la législation sur les étrangers en situation irrégulière, n'a pas cédé. La procédure a suivi son cours, et Hatim B. a été expulsé.
Une ironie politique difficile à ignorer
L'affaire n'aurait peut-être pas suscité autant de réactions si elle n'avait pas impliqué la famille Le Pen. Jean-Marie Le Pen, décédé en janvier 2025, a consacré une large partie de sa vie politique à défendre un discours d'immigration zéro, accusant les étrangers de prendre le travail des Français et de fragiliser l'identité nationale. Sa fille Marine Le Pen, présidente du Rassemblement National, a fait de la lutte contre l'immigration irrégulière l'un des piliers de son programme électoral. Que la résidence familiale des Le Pen ait employé pendant plusieurs années un jardinier marocain en situation irrégulière n'a pas manqué de faire réagir sur les réseaux sociaux et dans les rangs de l'opposition.
Les internautes et commentateurs politiques ont rapidement relevé ce qui leur apparaît comme une hypocrisie flagrante. « Ils dénoncent les sans-papiers en public et les emploient en privé », a résumé un internaute dans un message largement partagé. Cette tension entre discours et pratiques n'est pas propre à la famille Le Pen : elle illustre un phénomène bien documenté en France et en Europe, où les secteurs qui emploient le plus de travailleurs sans titre de séjour — agriculture, bâtiment, services aux particuliers — sont aussi ceux où la demande de main-d'œuvre flexible et peu coûteuse est la plus forte. Des sans-papiers avaient déjà été menacés d'expulsion après des années de travail chez Chronopost, révélant les mêmes contradictions entre discours politique et réalité économique.
Le cas de Hatim B. résonne aussi dans un contexte où la France a durci ses politiques d'éloignement. Le gouvernement, sous la pression de l'opinion publique et des partis d'opposition de droite et d'extrême droite, a renforcé les préfectures dans leurs capacités d'exécution des obligations de quitter le territoire français (OQTF). La controverse sur les méthodes employées était déjà vive : Arno Klarsfeld avait déclenché un tollé en évoquant des pratiques de « rafles » contre les étrangers en situation irrégulière, suscitant une vive controverse nationale sur les limites éthiques des politiques d'expulsion.
La loi s'applique à tous, rappelle l'administration
Du côté de la préfecture des Hauts-de-Seine, aucun commentaire public n'a été formulé sur ce dossier particulier, la politique habituelle étant de ne pas s'exprimer sur les cas individuels. Mais l'argument implicite est clair : la loi sur le séjour des étrangers s'applique à tous, indépendamment de l'employeur ou du réseau relationnel. Hatim B., sans titre de séjour depuis son arrivée en France en 2017, entrait dans les critères d'éloignement du territoire, et le préfet a appliqué la procédure prévue par les textes. L'intervention de Jany Le Pen n'a pas constitué un motif légal d'exemption.
Cette affaire soulève néanmoins des questions plus larges sur les mécanismes de régularisation des travailleurs sans papiers bien intégrés. Hatim B. avait vécu sept ans en France, travaillé de manière régulière et entretenu des relations apparemment solides avec son employeur. Dans d'autres cas, notamment impliquant des salariés ayant contribué à la vie économique du pays pendant de nombreuses années, des procédures de régularisation ont pu être envisagées sur le fondement de la circulaire Valls. Mais ces dispositifs restent à la discrétion du préfet, et le résultat varie considérablement d'un département à l'autre.
Au-delà du symbole politique, l'expulsion de Hatim B. rappelle que des dizaines de milliers de personnes vivent chaque année dans cette situation précaire en France, employées au noir ou dans des zones grises juridiques, parfaitement intégrées dans le tissu économique local, mais exposées à tout moment à une procédure d'éloignement. Leur sort dépend souvent moins de leur situation réelle que des priorités administratives du moment et de la détermination du préfet en poste. Dans le cas présent, c'est une fermeté totale qui a prévalu, même face à la pression d'une figure aussi emblématique que Jany Le Pen.