A Sousse, au lendemain de l’attentat meurtrier sur la plage  de l’hôtel Impérial Marhaba qui a fait 38 morts et une vingtaine de blessés parmi les touristes

La Tunisie, terre d’espérance, veut croire à une riposte au terrorisme

A Sousse, au lendemain de l’attentat meurtrier sur la plage  de l’hôtel Impérial Marhaba qui a fait 38 morts et une vingtaine de blessés parmi les touristes, le ftour  (moment de la rupture du Jeûne du Ramadan) a une saveur amère. Jeune agent de sécurité en faction au moment du carnage à la mi-journée du vendredi 26 juin, Mohsen développe  son récit d’un trait entre deux bouchées d’un repas pris à la hâte. 
 
Le tueur, un jeune homme de 23 ans accoutré comme un estivant, son arme dissimulée sous un parasol, les tirs ciblés, au coup par coup, ses mouvements dans l’établissement, vers la piscine, puis vers la sortie avant d’être abattu… Mohsen croit savoir que les unités de police étaient alors mobilisées ailleurs, dans d’autres lieux stratégiques.
 
"Le dispositif de sécurité était de toute manière très insuffisant sur toute la zone », reconnaît-il. « Le tueur aurait loué une maison attenante à la plage, ce qui lui a permis d’y accéder facilement, mais le passage était libre, sans le moindre contrôle", explique-t-il.  
 
Mohsen reprend son service à 8h tapante sous un soleil de plomb, devant la porte close de l’hôtel impérial Marhaba, face à un alignement de journalistes caméras et micros au point dans l’attente d’une hypothétique conférence de presse.
 
Ils sont quatre agents, complètement à découvert, sans aucun moyen de défense, la protection policière se trouve à près d’un kilomètre de là, à un rond point. L’un de ses collègues, qui veut garder l’anonymat, est pressé de poursuivre le récit de la veille, en insistant sur ce qu’il estime être une zone d’ombre. "Le terroriste n’a pas été abattu à l’intérieur, la police qui est pourtant venue très vite, a attendu qu’il sorte, est-ce que l’unité n’était pas entraînée pour ce genre d’opération ?", s’interroge-t-il. 

Les hôtels de Sousse se sont quasiment vidés en 48h

Comment résister à Daesh qui a vendiqué la tuerie, les forces armées et de police en ont-elles vraiment les capacités ? Telle est désormais l’inquiétude partagée par les citoyens tunisiens, plus que jamais convaincus, depuis l’attentat du Musée du Bardo, que la guerre est déclarée à la jeune démocratie, maillon faible du Maghreb et qui jouxte la Libye en feu.
 
"Il frappe le pays au cœur de sa seule richesse, le tourisme, ils veulent sa ruine", fulmine Ahmed, chauffeur de taxi inquiet de voir les touristes partir précipitamment en masse. Les hôtels de Sousse se sont en effet quasiment vidés en l’espace de 48h. Quelques groupes seulement déambulent dans les rues commerçantes de la ville, mêlés aux chalands d’un jour de Ramadan.

Au Sowla Shopping Center, une 
grande surface d’artisanat, 4 agents de sécurité tout de blanc vêtus les accueillent avec le sourire. "Le pire est sûrement à venir", soupire le patron des lieux, plutôt rassuré par la présence d’une voiture de police bien en vue. Tandis que de l’autre côté de la place ombragée, un café aux portes entrouvertes est bondé de non-jeûneurs. Les clients attablés dans la quasi-pénombre donnent l’impression de consommer comme par vengeance et au comptoir trône une femme ! "Je suis plus musulman que ces assassins de Daesh même si je ne jeûne pas", peste Lahcène, maçon employé de temps à autre, la cinquantaine et déjà grand-père d’une grande famille.
 
Pour le reste, la sécurité, la lutte contre le terrorisme, il dit "s’en remettre à Dieu". Comme nombre de ses compatriotes, Lahcène s’accommode d’une dose de fatalisme, avec la crainte d’un nouveau carnage. "La Tunisie prendra des mesures sévères et elle ne tolérera plus la levée du drapeau noir à la place du drapeau national",  a déclaré le président de la République Beji Caid Essebsi. La jeune démocratie, terre d’espérance, veut croire à cette riposte.
 
Source: l'Humanité du 29/06/2015