Antoine Heuillet, seul en scène à la recherche de Madeleine Tornade
Un ouvreur qui chauffe la salle, une star de 96 ans qui a disparu et un comédien qui improvise tous les rôles : avec « Mais où est donc passée Madeleine Tornade ? », Antoine Heuillet signe un seul en scène fougueux. Après une première série de représentations en mars 2026, le spectacle revient au Théâtre Nanterre-Amandiers, du 26 novembre au 5 décembre 2026.
Le spectacle est entièrement porté par Antoine Heuillet, qui en signe le texte, le jeu et la mise en scène, comme le précise La Terrasse dans son édition du 19 février 2026. Hugues Jourdain l'accompagne en tant que collaborateur artistique, selon Coups d'Œil. Le comédien s'est formé à l'École du Nord, où il a étudié de 2018 à 2021. Cette création s'inscrit dans la continuité de deux spectacles précédents, « Ressac » et « Random Access memories ».
Ces trois propositions sont nées dans L'Envolée, le dispositif du Théâtre Nanterre-Amandiers consacré au soutien de la jeune création et aux écritures émergentes. La Terrasse et Coups d'Œil le rappellent l'une comme l'autre. On y trouve un artiste dont le parcours se construit pas à pas, au sein d'une maison qui l'accompagne. Le spectacle qui revient à l'affiche en cette fin d'année en est le troisième jalon.
La première série de représentations s'est déroulée en mars 2026, « en balade à Nanterre et ailleurs », d'après La Terrasse. Le 9 mars, le public du Conservatoire de Rueil-Malmaison a découvert la pièce à 19h30. Le lendemain, le 10 mars, elle a été jouée à l'Université Paris-Nanterre à 19h. Le 14 mars, c'était au tour de la Médiathèque Pierre-et-Marie-Curie, à Nanterre, d'accueillir le spectacle à 16h.
Une soirée qui ne se passe pas comme prévu
Tout commence avant même que le spectacle ne démarre. Antoine Heuillet accueille le public en ouvreur et le chauffe, comme le raconte Coups d'Œil. L'événement annoncé est la dernière représentation de Madeleine Tornade, une star de 96 ans selon Coups d'Œil, tandis qu'Arts-Chipels parle d'une nonagénaire. Elle est censée jouer dans « Antigone », précise Arts-Chipels.
Mais la vedette a disparu de sa maison de retraite, indique Coups d'Œil. Arts-Chipels ajoute que l'ambulance qui la transporte s'est perdue en chemin. Faute de mieux, c'est l'ouvreur lui-même qui se retrouve à improviser seul sur le plateau. Le public assiste alors à une soirée de théâtre qui déraille, sans que le spectacle perde son fil.
Le comédien endosse alors tous les rôles. Selon Coups d'Œil, il devient tour à tour un assistant de metteur en scène neurasthénique et l'agent hystérique d'une diva improbable. Arts-Chipels évoque pour sa part un rideau en panne, un assistant régisseur qui s'effondre et un technicien affolé. La pièce dure environ une heure, d'après Coups d'Œil, un format resserré qui convient à ce rythme enlevé.
Le spectacle regorge aussi d'hommages à de grandes figures de la scène. Coups d'Œil cite Jacqueline Maillan, Maria Pacôme, Michel Serrault et Coluche. Arts-Chipels relève de son côté Dalida et Maria Casarès, et note que Jacqueline Maillan est évoquée en fin de spectacle. Ces références dessinent une galerie de fantômes familiers, que le comédien convoque avec gourmandise.
Derrière le burlesque se cache pourtant un propos plus intime. La Terrasse décrit une « traversée poétique du temps perdu », nourrie par l'« anémoia », cette nostalgie d'une époque que l'on n'a pas connue. Les figures féminines disparues habitent le spectacle, qui leur donne une seconde vie sur scène. Le théâtre y devient le lieu où l'on convoque ce qui n'est plus, avec tendresse et humour.
Dans l'article d'Arts-Chipels du 24 mars 2026, Antoine Heuillet est cité à propos de l'origine du spectacle : « Ce spectacle est né d’un diagnostic médical. » Il y dit aussi : « Je suis hanté par un temps que je n’ai pas vécu ». Ces mots éclairent la mélancolie qui affleure sous les éclats de rire. Le comique n'est pas ici une façon d'éluder le sujet, mais une manière de l'aborder de front.
Une critique enthousiaste et un artiste à suivre
La critique a réservé un très bon accueil au spectacle. Dans Coups d'Œil, Olivier Frégaville-Gratian d'Amore écrit, le 15 mars 2026, qu'il s'agit d'« une embardée théâtrale fougueuse » et d'une « déclaration d'amour à la scène et à ses fantômes ». Il salue un jeu énergique, presque fiévreux, et une écriture nette et rythmée. Sa conclusion ne laisse guère de place au doute : « Définitivement, un grand artiste est né ! »
Arts-Chipels, dans son article du 24 mars 2026, loue de son côté la physicalité athlétique du comédien. Le site souligne une énergie sans temps mort, qui emporte le spectateur de bout en bout. Mime, parodie et burlesque se succèdent dans un tourbillon maîtrisé. Le spectacle y est aussi décrit comme un hommage à tous ceux qui travaillent dans l'ombre derrière une représentation.
Cette attention portée aux coulisses rappelle combien le théâtre est un travail collectif. Derrière chaque soirée, il y a des régisseurs, des techniciens et des assistants que le public ne voit presque jamais. En les mettant en scène, fût-ce dans la panique, Antoine Heuillet leur rend une place sur le plateau. C'est l'une des belles idées de cette proposition.
La scène comme lieu de mémoire est un thème que mediaterranee.com a déjà abordé, avec une autre pièce de théâtre sur la transmission du passé, et avec l'hommage à un géant de la scène algérienne. Le spectacle d'Antoine Heuillet se joue, lui, sur un tout autre registre, celui de la comédie et du clin d'œil.
Antoine Heuillet ne se limite pas à ce seul spectacle. Selon Coups d'Œil, il joue aussi « Courir à la catastrophe », un solo consacré à la jeunesse d'un jeune homme gay, au Théâtre La Flèche, à Paris, avec une ouverture le 1er avril 2026. Cela témoigne d'un parcours en pleine accélération, entre créations personnelles et théâtre parisien. Pour un artiste sorti de l'École du Nord en 2021, la trajectoire est remarquée.
Les prochaines représentations de « Mais où est donc passée Madeleine Tornade ? » auront lieu du 26 novembre au 5 décembre 2026, dans la Petite Salle du Théâtre Nanterre-Amandiers, situé au 7 avenue Pablo-Picasso, à Nanterre. Les horaires, les tarifs et la durée exacte de cette nouvelle série n'étant pas confirmés à ce stade par la page consacrée à l'artiste sur le site du théâtre, il est conseillé de se reporter à la billetterie de l'établissement. Pour ceux qui ont manqué la première série de mars, c'est l'occasion de découvrir un comédien que la presse spécialisée présente déjà comme l'une des belles promesses de la scène.