BAD : 1 milliard de dirhams levé pour sa première obligation au Maroc
La Banque africaine de développement (BAD) a réalisé sa première émission obligataire libellée en dirhams marocains, pour un montant d'un milliard de dirhams, soit environ 91 millions d'euros. L'opération, annoncée le vendredi 30 octobre 2026, a pris la forme d'un placement privé auprès d'investisseurs qualifiés. L'obligation court sur sept ans et verse un taux variable indexé sur le MONIA, l'indice de référence du marché monétaire marocain au jour le jour. Le coupon suivra donc l'évolution des taux courts au Maroc pendant toute la durée de l'emprunt.
Les caractéristiques de l'emprunt figurent dans le communiqué de la Banque africaine de développement, repris par Boursenews et confirmé par La Vie éco. L'équivalent en euros est calculé avec le cours de référence publié par Bank Al-Maghrib le 30 octobre 2026, soit 10,9836 dirhams pour un euro. Le montant du coupon au-dessus du MONIA et la liste des souscripteurs n'ont pas été rendus publics. Seul le format est connu : un placement privé, réservé à des investisseurs qualifiés, et non une offre ouverte aux particuliers. Les titres ne sont donc pas proposés au grand public, ni aux épargnants marocains, ni aux Marocains de l'étranger.
Des prêts en dirhams pour les clients marocains de la BAD
La BAD finance d'ordinaire ses opérations dans ses principales devises, notamment l'euro et le dollar américain. Avec cette émission, elle veut proposer le dirham en complément à ses clients au Maroc et « servir un éventail plus large de clients » en leur offrant des solutions « mieux adaptées à leurs besoins », selon son communiqué. Pour une entreprise ou un projet dont les recettes sont en dirhams, un prêt en dirhams supprime le risque de change. Avec un prêt en euros ou en dollars, une baisse du dirham face à la devise empruntée alourdit le coût de chaque échéance remboursée. C'est ce risque que la BAD veut retirer à ses emprunteurs marocains en prêtant dans leur monnaie.
L'institution annonce aussi la création d'un portefeuille de trésorerie dédié au dirham. Il pourra être alimenté notamment par la conversion d'une partie des liquidités qu'elle détient en devises étrangères. L'objectif affiché est de développer progressivement sa capacité de prêter en monnaie locale au Maroc. Cette offre viendra s'ajouter à celle des banques marocaines, dont nous suivons par ailleurs l'évolution des crédits bancaires au Maroc. Le communiqué ne chiffre ni le volume de prêts en dirhams visé, ni le calendrier des premiers décaissements.
Le Maroc, pays pilote avant d'autres monnaies africaines
La BAD présente le Maroc comme le terrain d'une initiative pilote. Elle avance quatre raisons : un partenariat ancien avec le Royaume, l'importance de son portefeuille d'opérations dans le pays, la demande de ses clients pour des financements en dirhams et la maturité de l'écosystème financier marocain. L'opération a été montée avec Attijari Finances Corp comme banque conseil, Attijariwafa bank et CDG Capital comme établissements placeurs. La Banque remercie le ministère de l'Économie, des Finances et de la Performance publique, Bank Al-Maghrib et l'Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC).
Au-delà de cet emprunt, la BAD dit vouloir contribuer avec les autorités marocaines et les acteurs de la place de Casablanca au développement des instruments de couverture et à la liquidité du marché des produits dérivés. Les enseignements de cette première pourront ensuite guider des solutions comparables dans d'autres monnaies africaines, sans calendrier ni pays cités à ce stade. L'émission ne concerne pas les transferts de fonds des Marocains de l'étranger : pour ces envois, notre guide pour envoyer de l'argent au Maroc compare frais, taux et canaux. Les indépendants installés au Maroc et payés de l'étranger trouveront dans un autre guide les règles du paiement en devises pour les freelances.
Photo : AyourAchtouk / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.