La justice française refuse l'extradition de Halima Ben Ali vers la Tunisie
La justice française a refusé, ce mercredi 1er avril, d'extrader Halima Ben Ali vers la Tunisie. La fille cadette de l'ancien président Zine El Abidine Ben Ali, interpellée à l'automne 2025 dans un aéroport parisien alors qu'elle se rendait à Dubaï où elle réside, ne sera pas remise aux autorités tunisiennes qui la poursuivent pour malversations financières.
La cour d'appel de Paris, compétente en matière d'extradition, a rendu sa décision après plusieurs mois de procédure judiciaire. Halima Ben Ali avait été arrêtée fin septembre 2025 à l'aéroport de Paris alors qu'elle s'apprêtait à regagner les Émirats arabes unis après une visite privée. La Tunisie accuse la jeune femme de blanchiment d'argent lié à des fonds acquis durant la période où son père était au pouvoir, des faits passibles de vingt ans de prison.
Cette arrestation faisait suite à un mandat d'arrêt international émis par Interpol à la demande de Tunis. Il ne s'agissait pas de sa première interpellation : en 2018, elle avait déjà été arrêtée en Italie à la demande de la Tunisie avant d'être relâchée.
Les motifs du refus de la justice française
La cour d'appel a justifié sa décision par plusieurs éléments préoccupants. Les magistrats français ont notamment souligné l'absence de réponse de la Tunisie aux demandes concernant l'indépendance et l'impartialité des autorités judiciaires tunisiennes. « Les garanties d'un procès équitable n'ont pas été apportées », ont estimé les juges.
La justice française a également pointé du doigt l'absence de réponse aux questions concernant les conditions de détention qui auraient été réservées à Halima Ben Ali en Tunisie, ainsi que les recours dont elle aurait pu disposer en cas de mauvais traitements. Ces préoccupations ont pesé lourdement dans la balance de la décision.
Me Samia Maktouf, avocate de Halima Ben Ali, avait affirmé durant les débats que l'extradition de sa cliente vers la Tunisie équivaudrait à « une condamnation à mort », dénonçant une procédure à motivation politique. L'avocate a estimé que sa cliente « n'a commis aucun crime » et qu'elle est « victime d'une campagne de vengeance visant son père ».
Fin du contrôle judiciaire
Outre le refus d'extradition, la cour d'appel a également levé le contrôle judiciaire dont faisait l'objet la fille de l'ancien président tunisien. Halima Ben Ali est désormais libre de ses mouvements et peut quitter le territoire français.
À l'annonce de la décision, Me Maktouf a déclaré que ce verdict constituait « un immense soulagement » et s'est félicitée que la justice ait pris une décision « conforme au droit ». Cette issue judiciaire marque un nouveau chapitre dans les démêlés juridiques de la famille Ben Ali, quatorze ans après la chute du régime de l'ancien président lors de la révolution tunisienne de 2011.
Zine El Abidine Ben Ali, qui avait régné en autocrate sur la Tunisie pendant 23 ans, s'était enfui en Arabie saoudite où il est décédé en 2019. Plusieurs membres de sa famille font toujours l'objet de poursuites judiciaires en Tunisie pour corruption et détournement de fonds publics.