Réouverture de Rafah : un mince espoir pour 20 000 Palestiniens en attente de soins
Après près de deux ans de fermeture, le passage frontalier de Rafah entre la bande de Gaza et l'Égypte a rouvert ses portes le 2 février. Une lueur d'espoir pour les 20 000 Palestiniens en attente d'une évacuation médicale, mais la réouverture reste strictement encadrée : seulement 50 patients par jour sont autorisés à franchir cette frontière vitale.
Le point de passage de Rafah, seule porte de sortie de Gaza qui ne transite pas par Israël, était fermé depuis mai 2024, date à laquelle les forces israéliennes en avaient pris le contrôle. Sa réouverture intervient dans le cadre du plan de cessez-le-feu américain, après la restitution de la dépouille du dernier otage israélien retenu à Gaza le 26 janvier dernier.
Les premiers patients ont pu traverser dès le soir du 2 février. Selon l'Organisation mondiale de la santé, quinze Palestiniens ont franchi la frontière ce jour-là, dont cinq patients médicaux accompagnés de leurs proches. Trois ambulances les ont transportés vers les hôpitaux égyptiens pour une prise en charge immédiate. « Les patients ont été immédiatement examinés pour déterminer vers quel hôpital ils seraient transférés », a précisé un responsable du Croissant-Rouge égyptien.
Une mobilisation sanitaire sans précédent côté égyptien
L'Égypte s'est préparée à accueillir un afflux massif de blessés et de malades. Le ministère égyptien de la Santé a annoncé la mobilisation de 150 hôpitaux à travers le pays, près de 12 000 médecins et entre 250 et 300 ambulances entièrement équipées. Le Croissant-Rouge égyptien a également aménagé des « espaces sécurisés » du côté égyptien du passage pour la prise en charge initiale des évacués.
Mais face à l'ampleur des besoins, ces mesures restent insuffisantes. Selon les autorités sanitaires palestiniennes, plus de 20 000 personnes, dont 3 000 enfants selon l'Unicef, nécessitent une évacuation médicale urgente. « Faire passer 50 patients par jour n'est pas une solution suffisante », a déploré Jonathan Crickx, porte-parole de l'Unicef pour la Palestine.
La réouverture s'accompagne de conditions strictes imposées par Israël. Les passages se font exclusivement à pied, après une autorisation préalable des services de sécurité israéliens. Chaque patient peut être accompagné de deux personnes maximum. L'Union européenne a repris sa mission au poste-frontière pour superviser les contrôles et faciliter les évacuations.
Un cessez-le-feu fragile
Cette réouverture très contrôlée du passage de Rafah intervient dans un contexte de cessez-le-feu précaire. L'ONU a qualifié cette avancée de « positive » tout en rappelant que « les civils doivent être autorisés à partir et à revenir volontairement et en toute sécurité, conformément au droit international ».
La situation humanitaire à Gaza demeure catastrophique. Les infrastructures médicales de l'enclave sont largement détruites, rendant impossible le traitement de pathologies lourdes. L'hôpital de campagne des Émirats arabes unis, seul établissement secondaire opérationnel à Rafah, a repris une partie de ses activités en chirurgie générale et orthopédie avec le retour progressif de la population.
Pour les milliers de Palestiniens en attente de soins vitaux, chaque jour compte. La communauté internationale appelle à une accélération des évacuations médicales, tandis que les familles se pressent devant le passage de Rafah, devenu le symbole d'un exil forcé pour tout un peuple.