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Maroc : 4 ans de prison ferme pour des caricatures du roi Mohammed VI

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Le graffeur et dessinateur marocain Yasser Mounbir, 22 ans, a été condamné le vendredi 30 octobre 2026 par le tribunal de première instance d'Aïn Sebaâ, à Casablanca, à quatre ans de prison ferme et à 40 000 dirhams d'amende, soit environ 3 600 euros. La justice lui reproche des caricatures du roi Mohammed VI publiées sur son compte Instagram. Son avocat a annoncé faire appel.

Le jugement a été rendu tard dans la nuit, au terme d'une procédure de plus de quatre mois et de dix-huit audiences, selon Maroc Hebdo. Le verdict a été rendu public le dimanche 1er novembre par la défense, d'après une dépêche de l'AFP reprise par TV5Monde.

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Connu pour ses fresques murales et ses graffitis, le jeune homme publiait ses dessins sur Instagram, où il est suivi par quelque 12 000 personnes. Selon Le Monde, le monarque y apparaît « grimé, travesti ou sous les traits d'un animal ».

Dessin au stylo d'un homme portant un fez rouge, des lunettes et un nœud papillon, sur fond de motifs géométriques
Dessin de Yasser Mounbir, diffusé par ses soutiens

Les qualifications rapportées varient selon les étapes de la procédure. À l'été, l'artiste était poursuivi en détention pour « outrage à une institution constitutionnelle et outrage à un fonctionnaire public dans l'exercice de ses fonctions », selon Yabiladi. Le Monde indique que le parquet le poursuivait pour « offense envers la personne du roi » et « outrage à des fonctionnaires publics ». D'après l'AFP, il a été reconnu coupable d'« insulte à l'encontre du roi » et d'« insulte envers des agents de la fonction publique ».

Convoqué par la police judiciaire de Casablanca le 15 juin, il a été incarcéré le jour même. Lors de son interpellation, il avait d'abord été question d'une altercation avec un policier, une version contestée par ses proches, selon Le Monde et Maroc Hebdo. Il est détenu depuis à la prison locale d'Oukacha, à Casablanca.

Ce que prévoit l'article 179 du Code pénal

La condamnation s'appuie sur l'article 179 du Code pénal marocain, réécrit en 2016 par la loi 73-15. Le texte punit de six mois à deux ans de prison et d'une amende de 20 000 à 200 000 dirhams, ou de l'une de ces deux peines, quiconque commet une diffamation, une injure ou une atteinte à la vie privée visant la personne du roi ou celle du prince héritier, ou manque au devoir de révérence et de respect dû au roi.

Les peines sont doublées lorsque les faits sont commis en public, notamment par voie électronique, ce qui porte le maximum à quatre ans de prison. Selon l'AFP, la peine prononcée correspond à ce maximum. Maroc Hebdo rappelle que l'article 46 de la Constitution dispose que la personne du roi est inviolable et qu'elle a droit au respect, et écrit que « les autorités présentent ces poursuites comme une réponse légale à la diffamation sur les réseaux sociaux ». Aucune déclaration officielle sur cette affaire n'a été relevée à ce stade.

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Ses deux avocats, Me Farouk Mehdaoui et Me Sara Soujar, ont plaidé la relaxe le 28 octobre, rapporte Maroc Hebdo. Ils ont mis en cause la régularité de l'enquête et contesté que les dessins réunissent les éléments constitutifs des infractions. Joints par RFI, ils parlent d'une sanction disproportionnée et estiment qu'une expression artistique ne saurait justifier une peine de prison au seul motif qu'elle dérange ou choque. Selon Maroc Hebdo, toutes ses demandes de mise en liberté provisoire ont été rejetées, la dernière le 21 octobre.

Dessin coloré d'un visage maquillé de noir, avec une crête et une étoile sur le front, sur fond rouge et arc-en-ciel
Dessin de Yasser Mounbir, diffusé par ses soutiens

Appel, soutiens et affaires comparables

Me Mehdaoui a annoncé dimanche faire appel. Selon Maroc Hebdo, l'affaire doit être rejugée par la cour d'appel de Casablanca, à une date encore inconnue, et le jeune homme reste incarcéré d'ici là. Selon Le Monde, l'avocat, conseiller municipal de Rabat et membre de la Fédération de la gauche démocratique, décrit un « état psychologique préoccupant » chez son client, que seuls sa famille et sa défense peuvent visiter.

L'Association marocaine des droits humains (AMDH) a réclamé sa libération et qualifié la peine de « démesurée ». Cet été, une pétition réclamant sa libération a été signée par plusieurs centaines de personnes, dont des journalistes, des intellectuels et des figures de l'opposition, selon RFI. Son comité de soutien, cité par France 24, estime que « ces accusations formulées en termes vagues ont déjà été utilisées dans d'autres affaires liées à la liberté d'expression ». Dans une tribune reprise par Courrier international, Salaheddine Lemaizi rattache ce procès à ceux de jeunes artistes proches du mouvement GenZ 212.

Le rappeur El Mehdi Lyoubi, dit Mehdi Black Wind, est lui aussi poursuivi pour « outrage à une institution constitutionnelle », à cause d'une de ses chansons selon son comité de soutien. Détenu deux semaines en juillet, il a été remis en liberté provisoire, selon France 24 et Maroc Hebdo. Les deux dossiers sont distincts.

D'autres caricatures du roi ont déjà conduit au tribunal. En 2012, Walid Bahomane, alors âgé de 18 ans, avait été condamné à un an de prison pour une caricature de Mohammed VI publiée sur Facebook, peine portée à dix-huit mois en appel selon Reporters sans frontières, cité par ActuaLitté. En 2023, l'internaute Saïd Boukioud avait été condamné à cinq ans de prison pour des publications sur Facebook, une peine ramenée à trois ans en appel, selon Maroc Hebdo.

Photo : diffusée par les soutiens de Yasser Mounbir

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