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Yann LeCun, le génie français de l IA, quitte Meta et revient à Paris

Il est l un des cerveaux les plus influents de la planète tech. Yann LeCun, 65 ans, prix Turing et pionnier du deep learning, a quitté Meta en novembre 2025 après une décennie passée à façonner la recherche en intelligence artificielle du géant américain. Son nouveau projet : fonder AMI Labs à Paris, une start-up valorisée à 3,5 milliards de dollars avant même son lancement, pour révolutionner l IA telle qu on la connaît.

Le parcours de Yann LeCun a tout du roman scientifique. Né le 8 juillet 1960 à Soisy-sous-Montmorency, en banlieue parisienne, ce fils d ingénieur se passionne dès l enfance pour le mystère de l intelligence humaine. Diplômé de l ESIEE Paris en 1983, il soutient sa thèse à l université Pierre-et-Marie-Curie en 1987 sur la rétropropagation dans les réseaux de neurones. Un post-doctorat à Toronto sous la direction de Geoffrey Hinton, autre futur prix Turing, achève de forger sa vision.

Recruté par les Bell Labs d AT&T en 1988, le jeune chercheur développe les réseaux de neurones convolutifs, une architecture qui va transformer la reconnaissance d images. Son système LeNet, capable de lire les chiffres manuscrits, sera adopté par les banques américaines pour le traitement automatique des chèques. « C était l une des premières applications industrielles concrètes de l apprentissage profond, bien avant son explosion médiatique », rappellent ses biographes.

De Facebook à la rupture avec Zuckerberg

Après un passage à NYU où il fonde le Center for Data Science, Yann LeCun reçoit en décembre 2013 un appel de Mark Zuckerberg. Le fondateur de Facebook lui confie la création de FAIR (Facebook Artificial Intelligence Research), un laboratoire installé à New York, Menlo Park et Paris. Le Français y consacrera dix ans, propulsant Meta au premier rang de la recherche en intelligence artificielle.

Mais les tensions s accumulent. En juin 2025, Meta investit 14,3 milliards de dollars dans Scale AI et place son jeune PDG Alexandr Wang, 28 ans, à la tête d une nouvelle division. LeCun se retrouve marginalisé. Il ne cache pas ses critiques : les benchmarks du modèle Llama 4 auraient été « un peu truqués », admet-il publiquement. « Zuckerberg a perdu confiance en tous ceux qui étaient impliqués », confie-t-il au Financial Times.

Le 19 novembre 2025, LeCun annonce son départ sur Facebook. Sa conviction est intacte : les grands modèles de langage comme ChatGPT ou Gemini sont « une impasse pour atteindre la superintelligence ». Il veut prouver qu une autre voie existe.

AMI Labs, le pari parisien à 3,5 milliards

Moins d un mois après sa démission, le Français lance les discussions pour lever 500 millions d euros autour d Advanced Machine Intelligence Labs, dite AMI Labs. La valorisation visée : 3,5 milliards de dollars, l une des plus importantes levées pré-lancement de l histoire de l IA. Cathay Innovation, Greycroft, Daphni, HV Capital et la Bpifrance figurent parmi les investisseurs pressentis.

Le siège sera à Paris. « La Silicon Valley est complètement hypnotisée par les modèles actuels d IA générative. Pour mener ce genre de recherches nouvelles, il faut aller hors de la vallée… à Paris », expliquait LeCun lors de la conférence AI-Pulse en décembre 2025. Des bureaux ouvriront aussi à New York, Montréal et Singapour.

Le projet repose sur les « world models », des architectures capables d apprendre en observant la réalité physique, de développer une mémoire persistante et de raisonner sur des chaînes d actions complexes. Son architecture V-JEPA vise à donner aux machines une compréhension du monde à partir de vidéos, et non uniquement du langage. Alexandre Lebrun, fondateur de Nabla, assure la direction opérationnelle. Laurent Solly, ex-vice-président Europe de Meta, complète le trio dirigeant.

Emmanuel Macron a salué ce retour, assurant que la France mettrait « tout en œuvre pour accompagner la réussite de cette nouvelle entreprise ». Le message est clair : Paris n est plus seulement un terrain de régulation, mais un pôle d innovation de pointe. En 2018, Yann LeCun recevait le prix Turing aux côtés de Geoffrey Hinton et Yoshua Bengio pour leurs travaux fondateurs sur le deep learning. Aujourd hui, à 65 ans, celui que l on surnomme le « parrain de l IA » joue peut-être la partie la plus audacieuse de sa carrière. Face aux centaines de milliards investis dans les modèles de langage, il fait le pari inverse. Et si l on en croit ses proches : « Il a toujours eu raison quand tout le monde doutait de lui. » Le sommet international sur l IA de Paris pourrait bien marquer le début d une nouvelle ère.

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