Intempéries en Méditerranée et au Maghreb : la mer se déchaîne, les territoires s’adaptent
De la Catalogne à l’Oranie, en passant par la Côte d’Azur, la Méditerranée affronte depuis ce week-end du 17 janvier 2026 un épisode d’intempéries d’une intensité rare. Pluies diluviennes, vents puissants et neige en altitude bouleversent la vie quotidienne des habitants et rappellent la vulnérabilité croissante des rivages face aux dérèglements climatiques.
Sur le littoral français, les services de Météo-France ont placé plusieurs départements en vigilance orange. Des cumuls de pluie dépassant les 100 mm ont été relevés dans les Alpes-Maritimes et le Var, tandis que la neige s’invite jusqu’à 600 mètres d’altitude. À Marseille, les rafales dépassent parfois les 110 km/h, entraînant la fermeture du Vieux-Port à la navigation de plaisance. En Corse, les perturbations ont provoqué des coupures d’électricité dans une dizaine de communes du centre de l’île.
De l’autre côté de la Méditerranée, la situation n’est guère plus calme. Le Maroc et l’Algérie enregistrent également d’importantes précipitations, notamment sur les régions de Tanger et d’Oran. Les autorités marocaines ont appelé à la prudence, rappelant les épisodes meurtriers de 2021 où des pluies torrentielles avaient submergé plusieurs quartiers de Tétouan. « Ces phénomènes sont désormais plus fréquents, plus intenses et plus imprévisibles », souligne un climatologue de Rabat cité par la MAP.
En Tunisie, le nord du pays subit depuis vendredi de fortes pluies continues qui paralysent certains axes routiers. À Bizerte, les habitants observent la montée du niveau marin sur le front de mer. Un habitant confie à Mediaterranee.com : « Ici, la mer avance un peu plus chaque année. On le voit à l’œil nu. »
Un défi partagé autour du bassin méditerranéen
Partout, la même question s’impose : comment protéger durablement les zones côtières et les habitants face à des phénomènes extrêmes de plus en plus fréquents ? Selon un rapport du Plan Bleu, organisme rattaché à l’ONU, plus de 40 % de la population méditerranéenne vit à moins de 50 kilomètres du littoral. Les infrastructures, souvent anciennes, sont vulnérables aux submersions marines et aux glissements de terrain provoqués par les pluies torrentielles.
À Nice, les autorités locales accélèrent les travaux de consolidation des berges du Paillon, tandis qu’en Algérie, la wilaya de Béjaïa a annoncé la mise en place d’un plan de prévention des risques hydrologiques. « L’adaptation n’est plus une option, c’est une urgence », estime la chercheuse franco-marocaine Leïla Benachour, spécialiste des politiques climatiques méditerranéennes. Elle rappelle que ces épisodes touchent souvent les populations les plus fragiles, notamment les pêcheurs et agriculteurs côtiers.
Sur le plan politique, les coopérations transméditerranéennes se multiplient. Le programme européen LIFE MEDCOAST 2030 prévoit des échanges techniques entre villes françaises, italiennes et maghrébines pour renforcer la résilience littorale. La clé repose sur la prévention et la solidarité régionale.
Alors que la tempête poursuit sa route vers l’est, les images impressionnantes des vagues submergeant les ports rappellent à quel point la Méditerranée est un espace commun, où le climat ne connaît pas de frontières. Entre urgence et adaptation, le bassin tout entier apprend à vivre avec la tempête.