sfy39587stp17
Aller au contenu principal

Affaire Epstein : le parquet de Paris ouvre deux enquêtes et appelle les victimes

La procureure de la République de Paris, Laure Beccuau, a annoncé ce mercredi 18 février l'ouverture de deux « enquêtes cadres » liées à l'affaire Jeffrey Epstein. L'une porte sur les infractions à caractère sexuel, l'autre sur les ramifications économiques et financières. Dans le même temps, la magistrate a lancé un appel solennel aux victimes françaises potentielles, les invitant à se manifester auprès de la justice.

Ces deux procédures distinctes s'inscrivent dans le prolongement de la publication massive de documents par le ministère américain de la Justice, les 30 et 31 janvier derniers. Plus de trois millions de pages, 180 000 images et 2 000 vidéos ont été déclassifiés, mettant en lumière l'ampleur du réseau tissé par le financier américain, décédé en prison en août 2019.

« Ces publications vont nécessairement réactiver le traumatisme de certaines victimes dont, pour partie d'entre elles, ne nous sont pas forcément connues », a déclaré la procureure sur franceinfo. « Si elles le souhaitent, nous recevrons l'ensemble des déclarations qu'elles souhaiteraient faire, soit par le biais de plaintes ou de témoignages », a-t-elle ajouté.

Cinq magistrats référents ont été désignés pour superviser ces investigations : trois sur le volet des infractions sexuelles, deux sur les aspects financiers, en lien étroit avec le Parquet national financier (PNF). L'Office anti-cybercriminalité a également été mobilisé, avec le recours à des outils d'intelligence artificielle pour traiter la masse considérable de documents à analyser.

Trois nouvelles affaires et la réouverture du dossier Brunel

Parallèlement, trois nouvelles affaires ont été confiées au parquet de Paris. La première concerne le diplomate français Fabrice Aidan, soupçonné d'avoir fourni à Epstein des « informations diplomatiques, des services ou ses réseaux internationaux ». La deuxième porte sur une plainte d'une ressortissante suédoise contre Daniel Siad, recruteur de mannequins proche d'Epstein, pour des faits de nature sexuelle qui auraient été commis en France en 1990. La troisième vise le chef d'orchestre Frédéric Chaslin, pour des faits de harcèlement sexuel qui se seraient produits en 2016.

Le parquet a également annoncé une « réanalyse intégrale » du dossier Jean-Luc Brunel, l'agent de mannequins considéré comme le pivot français du réseau Epstein. Mis en examen pour viols sur mineurs et traite des êtres humains, Brunel s'était suicidé à la prison de la Santé en février 2022, entraînant un non-lieu technique. Dix femmes avaient porté des accusations contre lui.

Le volet financier et l'affaire Jack Lang

Sur le plan économique, le Parquet national financier a ouvert le 6 février une enquête préliminaire contre l'ancien ministre Jack Lang pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée ». Son nom apparaît 673 fois dans les documents américains déclassifiés. Au centre des investigations : la société offshore Prytanee LLC, immatriculée aux Îles Vierges en 2016, co-détenue par sa fille Caroline Lang et financée intégralement par le capital d'Epstein.

L'ancien président de l'Institut du monde arabe a proposé sa démission le 7 février. Des perquisitions ont ensuite été menées à l'IMA et à son domicile. Jack Lang avait utilisé à plusieurs reprises les jets privés d'Epstein, notamment en 2015 et 2017.

La procureure Beccuau a prévenu que si des « faits totalement caractérisés » apparaissent au fil de l'exploitation des documents, « rien ne nous interdira d'engager de premières poursuites ». Elle a toutefois souligné que ces deux enquêtes cadres pourraient s'étendre sur « plusieurs mois, voire plusieurs années ». L'affaire Epstein connaît ainsi un tournant majeur en France, avec une mobilisation sans précédent de l'appareil judiciaire face à l'ampleur des révélations contenues dans les documents américains.

sfy39587stp16