Assassinat du frère d'Amine Kessaci : à Aix, les accusés nient tout en bloc
Le procès de cinq hommes accusés d'un triple assassinat lié au narcotrafic s'est ouvert lundi 19 octobre 2026 devant la cour d'assises des Bouches-du-Rhône, à Aix-en-Provence. Parmi les victimes, tuées fin décembre 2020, figure Brahim Chabane, demi-frère aîné d'Amine Kessaci, devenu depuis une figure de la lutte contre le trafic de drogue à Marseille. Lors de leur première prise de parole, les deux principaux accusés ont nié toute implication, rapporte l'AFP. Les audiences doivent durer trois semaines, jusqu'au 6 novembre.
Les faits remontent à la nuit du 28 au 29 décembre 2020, en pleine guerre de territoires entre réseaux de drogue marseillais. Selon l'accusation, les trois victimes, impliquées dans le trafic, connaissaient leurs assassins et sont tombées dans un guet-apens à Châteauneuf-les-Martigues, près de Marseille. Le 29 décembre, un véhicule incendié est découvert dans un tunnel d'autoroute. Dans le coffre et sur le siège passager, deux corps calcinés, chacun une balle dans la tête : ceux de Réda Khaldi et de Brahim Chabane, 22 ans, détaille l'AFP. Le 6 janvier 2021, un troisième corps, calciné et démembré, celui de Nassim Loubani, est retrouvé dans le coffre d'une autre voiture brûlée.
Tué à 22 ans, Brahim avait survécu la même année à deux tentatives d'assassinat, précise Le Dauphiné Libéré. Face à la violence des faits, les enquêteurs avaient parlé d'une « dérive à la mexicaine », selon ICI Provence. Ces meurtres ont été commis plusieurs années avant l'émergence de la DZ Mafia, le groupe qui a ensuite imposé son contrôle sur une large part du trafic à Marseille. L'instruction a duré près de six ans.
Deux figures du narcobanditisme marseillais dans le box
Parmi les cinq accusés, Karim Harrat, surnommé « Rant », est accusé d'avoir été, depuis Dubaï, le commanditaire et le financier de l'opération, afin d'imposer sa suprématie sur le narcobanditisme marseillais. Selon l'accusation, il aurait voulu éliminer trois hommes qui perturbaient ses réseaux. Extradé du Maroc vers la France en 2023, il a déjà été condamné à 25 ans de réclusion, à l'issue d'un procès tenu en mars 2026 à Aix-en-Provence, pour un double assassinat commis en 2019, rappelle l'AFP. Amine Oualane, dit « Mamine », présenté comme un chef présumé de la DZ Mafia, est soupçonné d'avoir été son relais sur le terrain et l'un des tueurs, alors qu'il était en cavale. Il avait été acquitté dans le dossier de 2019. En droit français, l'assassinat, c'est-à-dire le meurtre commis avec préméditation ou guet-apens, est puni de la réclusion criminelle à perpétuité (article 221-3 du code pénal). Les cinq accusés restent présumés innocents.
À l'audience, les deux hommes ont contesté les faits. Karim Harrat, qui s'est présenté comme « entrepreneur », a eu « un mot pour les victimes » en réclamant « la vraie vérité pour eux et pour moi ». « Je reconnais rien du tout », a lancé Amine Oualane, avant d'adresser ses condoléances aux parties civiles. La cour a refusé une demande de ces dernières visant à verser aux débats la sonorisation de sa cellule, dans laquelle il reconnaîtrait, selon elles, le meurtre de « Bleh », surnom de Brahim. L'accusé a répliqué que « beaucoup » de détenus portent ce surnom, et l'échange tendu qui a suivi avec la famille Kessaci a obligé le président à recadrer les débats. Selon une source proche du dossier citée par l'AFP, « Mamine » est aussi une piste dans l'enquête sur l'assassinat de Mehdi Kessaci, le frère cadet d'Amine.
Amine Kessaci : « pour la justice, sans esprit de vengeance »
Amine Kessaci, 23 ans, adjoint au maire de Marseille, est arrivé au palais de justice entouré de policiers cagoulés. Il vit sous protection policière depuis plus d'un an. « Ce procès pour moi, il ne signifie pas la vengeance, il signifie la justice », a-t-il déclaré à l'AFP. Partie civile aux côtés de leur mère, Ouassila, il lui a tenu la main à l'énoncé des faits et a soutenu le regard des accusés. Militant écologiste, fondateur de l'association Conscience, qui accompagne les familles de victimes, il a rejoint la liste de Benoît Payan lors des municipales de 2026.
Sa famille a été frappée une seconde fois le 13 novembre 2025 : son frère cadet Mehdi, 20 ans, étranger au trafic, a été tué par un commando à moto en plein centre de Marseille, un assassinat qui avait provoqué une onde de choc nationale et une réaction solennelle du conseil municipal. Le dossier a été repris par le parquet national anticriminalité organisée, précise Midi Libre. « Chacun peut imaginer ce que ça représente pour une famille, un frère et une mère, de rentrer dans une salle d'audience et de croiser le regard de ceux qui probablement ont tué leur fils et frère », a dit à l'AFP Me Pierre-Olivier Sur, l'un des avocats de la famille.
Le procès se tient devant une cour d'assises composée uniquement de magistrats professionnels, en raison notamment des risques de pression sur des jurés, indique Le Dauphiné Libéré. Le centre-ville d'Aix est bouclé : rues barrées, hélicoptère au-dessus du palais, patrouilles dans les ruelles et onze policiers cagoulés postés dans le box des accusés, décrit l'AFP. La ville a interdit la circulation et le stationnement dans plusieurs rues autour des palais de justice Verdun et Monclar jusqu'au 13 novembre, selon un communiqué du 13 octobre cité par Destimed. Les débats sont programmés jusqu'au 6 novembre. « Je serai debout et je les regarderai tous droit dans les yeux », avait prévenu Amine Kessaci avant l'ouverture, selon Midi Libre.