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Service national 2026 : une jeunesse sommée de “s’engager”, entre volontariat affiché et pression sociale

En annonçant la création d’un “service national volontaire” de dix mois pour les 18-19 ans, Emmanuel Macron relance un vieux débat français : comment mobiliser la jeunesse sans l’écarter davantage ? Derrière l’argument sécuritaire, nombre d’acteurs associatifs redoutent une mesure qui pourrait creuser les fractures sociales plutôt que les résorber.

Au lendemain de l’annonce présidentielle, la plupart des grands médias s’emparent du sujet : la France fait un pas vers le retour d’un service national, présenté comme un outil de cohésion et de préparation face à un “monde plus dangereux”. L’argumentaire est connu : menace russe, instabilité aux frontières de l’Europe, besoin de renforcer l’esprit de défense. Pourtant, la décision du chef de l’État interroge bien au-delà des questions militaires. Elle renvoie à une réflexion essentielle sur la place faite aujourd’hui aux jeunes — en particulier ceux issus des classes populaires et des territoires relégués — dans une société qui dit beaucoup attendre d’eux, mais leur offre si peu.

Le futur dispositif, annoncé comme “volontaire”, se déploiera dès 2026 : dix mois d’engagement sous statut militaire ou civil, rémunération modeste, modules de formation, missions auprès de forces armées, services de secours ou associations agréées. Sur le papier, rien d’obligatoire. Mais dans les faits, une pression implicite pourrait rapidement s’imposer : universités, entreprises ou administrations valorisant cet engagement, CV mieux “remplis”, discours public érigé autour du “citoyen modèle”. Pour de nombreux observateurs, le risque est clair : transformer un volontariat en quasi-obligation symbolique pour les jeunes déjà fragilisés, tandis que les mieux dotés socialement sauront contourner, aménager ou valoriser à leur manière ce passage obligé.

Un volontariat qui ne dit pas son nom

Depuis des années, les associations de terrain alertent sur la tentation récurrente de faire peser sur la jeunesse un devoir de réparation sociale. On demande aux jeunes de s’engager, d’être utiles, d’incarner l’avenir… mais sans corriger les inégalités structurelles qui les touchent : chômage, discriminations, logement hors de prix, services publics absents dans des pans entiers du territoire. Le service national 2026 risque de reproduire ce schéma. Les jeunes des quartiers populaires, souvent en quête de reconnaissance et d’opportunités, pourraient être les premiers à se porter volontaires — non par conviction patriotique, mais faute d’alternatives. À l’inverse, une partie des classes moyennes et aisées pourrait y voir une parenthèse exotique ou un simple vernis civique, sans réel changement de trajectoire.

Le gouvernement promet une “mixité sociale” et une “expérience collective”. Mais l’histoire récente des politiques publiques montre que la mixité ne se décrète pas : elle se construit dans la durée, avec des moyens, du suivi, et une réelle égalité d’accès. Sans cela, on risque surtout d’assigner des jeunes à un rôle d’utilité nationale sans leur donner les clés réelles d’émancipation ou de mobilité.

Entre peur du monde et absence de projet pour la jeunesse

Le contexte géopolitique sert évidemment de toile de fond : tensions croissantes en Europe, incertitudes militaires, discours anxiogènes sur la sécurité. Mais derrière ce récit, une question demeure : la France relance-t-elle un service national parce qu’elle croit en sa jeunesse ou parce qu’elle ne sait plus quoi lui proposer d’autre ? Les années passent et le malaise reste palpable : sentiment d’abandon dans les périphéries urbaines, crises identitaires, défiance envers les institutions, fracture culturelle entre “France métropolitaine” et France populaire.

Autant de symptômes qu’un service national, même habilement présenté, ne saurait guérir. Ce que réclament nombre de jeunes rencontrés dans les centres sociaux, lycées professionnels, associations ou bidonvilles européens, c’est avant tout de la stabilité : un logement, un emploi digne, une école qui ne fabrique pas l’échec, une police qui respecte, des institutions qui écoutent. Or, la réponse politique choisie aujourd’hui prend la forme d’un encadrement, d’une discipline, d’un retour à l’ordre civique — comme si la cohésion nationale devait obligatoirement passer par un uniforme, un serment, ou un rite initiatique version XXIᵉ siècle.

Dans les régions méditerranéennes, où les familles sont souvent marquées par les questions de migration, de double culture ou de discriminations persistantes, la mesure résonne de manière particulière. Beaucoup de jeunes franco-maghrébins redoutent d’être une fois de plus les premières cibles d’un dispositif présenté comme égalitaire, mais appliqué de façon inégale. L’enjeu, pourtant, n’est pas de créer une génération plus docile — mais une génération plus libre.

 

 

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