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Didier Raoult évoque sa collaboration avec les chercheurs algériens

Le professeur Didier Raoult, microbiologiste français de renommée internationale, a entretenu des liens étroits avec l'Algérie tout au long de sa carrière scientifique. Ses équipes de recherche ont accueilli de nombreux chercheurs algériens et il a contribué à la formation d'une nouvelle génération de scientifiques du Maghreb, créant des ponts durables entre les deux rives de la Méditerranée.

Né à Dakar en 1952, Didier Raoult a toujours maintenu un lien privilégié avec l'Afrique et notamment avec l'Algérie. À la tête de l'unité de recherche sur les maladies infectieuses et tropicales émergentes (URMITE) à Marseille, il a dirigé des équipes composées de 207 personnes, dont une proportion importante de chercheurs originaires du Maghreb et d'Afrique subsaharienne. Le professeur Raoult a lui-même déclaré que les meilleurs chercheurs qui travaillent le dimanche dans son service sont "des Noirs et des Arabes", soulignant ainsi la contribution exceptionnelle de ces scientifiques à ses travaux de recherche. Cette déclaration, loin d'être anecdotique, reflète une réalité tangible : la diversité culturelle comme moteur de l'excellence scientifique.

Parmi les collaborations notables figure celle avec Mohamed Belhocine, chercheur algérien en bioinformatique et ancien élève de Didier Raoult. Ce scientifique s'est proposé d'aider l'Algérie en 2020, révélant qu'il continuerait à soutenir son pays natal par le biais de formations et de collaborations scientifiques. L'unité de recherche dirigée par Raoult comptait d'ailleurs deux équipes à l'étranger, dont une installée en Algérie, témoignant de l'ancrage méditerranéen et africain de ses recherches. Cette présence sur le terrain algérien n'était pas symbolique mais bien opérationnelle, permettant des échanges constants de données et de compétences entre Marseille et Alger.

Les chercheurs algériens ont ainsi pu bénéficier des infrastructures de pointe de l'IHU Méditerranée Infection, l'un des centres de recherche les plus avancés d'Europe en matière de maladies infectieuses. Ils ont participé à des projets de recherche ambitieux, contribuant à des découvertes majeures dans le domaine de la microbiologie et de la virologie. Cette formation de haut niveau a permis à plusieurs d'entre eux de retourner en Algérie avec une expertise précieuse pour le développement scientifique du pays, participant ainsi au rayonnement international des universités algériennes.

Une équipe multiculturelle au service de la science

Lors de la visite d'Emmanuel Macron à l'IHU Méditerranée Infection en 2020, de jeunes chercheurs se sont identifiés comme originaires d'Algérie, du Maroc, de Tunisie, du Liban, du Sénégal, du Mali et du Burkina Faso. Cette diversité reflète la philosophie de Raoult qui a toujours valorisé le talent sans considération d'origine. Au moins une chercheuse algérienne faisait partie de l'équipe travaillant sur le traitement à la chloroquine contre le Covid-19, contribuant ainsi aux recherches qui ont fait la une de l'actualité mondiale. Son rôle, bien que discret, a été essentiel dans l'analyse des données cliniques et la formulation des protocoles de traitement.

Les travaux supervisés par Didier Raoult en Algérie ont notamment porté sur la microbiologie. En 2008, une thèse de doctorat sur l'approche moléculaire de l'épidémiologie des bactéries transmises par les puces en Algérie a été soutenue par Idir Bitam sous sa direction. Cette recherche illustre l'importance des collaborations franco-algériennes dans le domaine des maladies infectieuses, un enjeu majeur pour les deux rives de la Méditerranée. Les résultats de ces travaux ont permis de mieux comprendre les mécanismes de transmission de certaines maladies vectorielles présentes en Afrique du Nord.

L'approche de Didier Raoult en matière de recrutement et de formation des chercheurs algériens s'inscrit dans une vision à long terme. Il ne s'agissait pas seulement de bénéficier de talents individuels, mais de créer un réseau scientifique méditerranéen capable de relever les défis sanitaires communs à la région. Les maladies infectieuses ne connaissant pas de frontières, cette coopération scientifique transfrontalière s'avère particulièrement pertinente et efficace.

Un chercheur européen le plus cité dans son domaine

Le professeur Raoult compte parmi les chercheurs les plus cités au monde dans le domaine des maladies infectieuses. Son équipe a isolé ou caractérisé 380 nouvelles espèces bactériennes et 63 virus, et a séquencé 290 génomes bactériens. Cette production scientifique exceptionnelle, avec une moyenne de 348 articles publiés par an, a bénéficié de la contribution de nombreux chercheurs algériens formés à Marseille. Chaque publication représente des mois, voire des années de travail collaboratif, où les compétences complémentaires des chercheurs de différentes origines ont fait la différence.

Récipiendaire du Grand Prix Inserm 2010 pour ses travaux sur les agents pathogènes et la découverte de virus géants, Didier Raoult a su créer un environnement de recherche où la diversité des origines constitue une force. Les chercheurs algériens qui ont travaillé avec lui ont pu développer leur expertise dans un institut de pointe, avant de contribuer au développement scientifique de leur pays. Cette circulation des savoirs entre la France et l'Algérie illustre l'importance de la coopération scientifique méditerranéenne, un modèle qui pourrait inspirer d'autres domaines de collaboration entre les deux pays.

Aujourd'hui, même après sa retraite, l'héritage de Didier Raoult continue d'influencer la recherche en microbiologie des deux côtés de la Méditerranée. Les collaborations qu'il a initiées entre chercheurs français et algériens demeurent actives, contribuant à faire progresser la connaissance des maladies infectieuses dans une région où ces enjeux sanitaires restent cruciaux. La reconnaissance mutuelle entre le professeur français et la communauté scientifique algérienne témoigne d'une relation de confiance et de respect qui transcende les frontières. Ces liens, tissés au fil des années autour d'objectifs scientifiques communs, constituent un capital précieux pour l'avenir de la recherche médicale en Méditerranée.

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