Allocation de rentrée : la Cnaf évoque carte prépayée et barème par âge
Auditionnée le 28 octobre 2026 par la commission des affaires sociales du Sénat, la directrice générale de la Cnaf, Constance Bensussan, a évoqué plusieurs pistes pour l'allocation de rentrée scolaire (ARS), dont une modulation selon l'âge de l'enfant et le recours à une carte prépayée. Ces idées, rapportées par Public Sénat, restent à ce stade des hypothèses : aucune décision ne serait prise, alors que le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2027 attend 600 millions d'euros d'économies sur cette aide.
Selon Public Sénat, qui rend compte de l'audition dans un article signé Guillaume Jacquot et daté du 28 octobre 2026, la responsable de la Caisse nationale des allocations familiales s'exprimait devant la commission présidée par Philippe Mouiller (LR). L'échange a surtout montré que les contours de la réforme restent, à cette date, inconnus, y compris pour l'organisme chargé de verser la prestation.
L'ARS est versée chaque été, en août, sous condition de ressources. Selon Public Sénat, elle concerne cinq millions d'enfants, répartis dans trois millions de foyers, et pèse un peu moins de 2,23 milliards d'euros dans le budget de la Cnaf. C'est donc une dépense massive, qui touche un grand nombre de familles au moment précis de la rentrée, et c'est ce qui explique l'attention portée aux moindres pistes de réforme.
600 millions d'euros d'économies : ce que prévoit le budget
Le budget publié par Bercy le 1er octobre prévoit, selon MoneyVox (article du 2 octobre 2026), « une réduction de 0,6 milliard de la dépense au titre de l'allocation de rentrée scolaire ». Rapporté à la dépense actuelle, ce montant correspondrait, toujours selon Public Sénat, à une baisse d'environ 27 % de l'enveloppe. L'ampleur de cette réduction explique que le sujet suscite autant de questions, chez les parlementaires comme chez les familles.
L'objectif affiché par le gouvernement serait de « mieux cibler cette aide sur les besoins spécifiques aux enfants en fonction de leur âge », d'après Public Sénat. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, avait déjà ouvert la voie le 17 septembre dans un entretien au Figaro, rapporté par MoneyVox. Il y affirmait que l'ARS « n'est pas toujours en lien avec les besoins des familles » et plaidait pour « un recentrage de cette aide ». Selon MoneyVox, le ministère des Solidarités n'a, pour sa part, pas livré plus de détails.
Pour mesurer ce qui pourrait changer, il faut rappeler le point de départ. Selon MoneyVox, le barème 2026 s'établit à 426,87 euros pour les enfants de 6 à 10 ans, 450,41 euros pour ceux de 11 à 14 ans et 466,02 euros pour les 15-18 ans. Selon Public Sénat, les plafonds de revenus (calculés sur l'année N-2) sont fixés à 28 956 euros pour un enfant et 35 638 euros pour deux enfants. Pour le détail de ces chiffres, on peut se reporter à notre article sur les montants revalorisés de l'ARS 2026, ainsi qu'à celui consacré à les plafonds de ressources.
Le conditionnel s'impose d'autant plus que les montants évoqués ne sont, à ce stade, que ceux d'un projet de budget. Le texte doit encore être débattu au Parlement, et la manière d'atteindre les 600 millions d'euros n'est pas précisée. Plusieurs leviers seraient théoriquement envisageables : modifier les montants, resserrer les conditions d'attribution ou encadrer l'usage de l'aide. C'est sur ce dernier terrain que l'audition du 28 octobre a apporté quelques éclairages.
Barème selon l'âge, carte prépayée : deux pistes, des risques
La première piste évoquée consisterait à moduler l'allocation selon l'âge de l'enfant. L'idée repose sur le constat que les besoins ne seraient pas les mêmes à l'école primaire, au collège ou au lycée. Interrogée sur ce point, Constance Bensussan a jugé, selon Public Sénat : « Ce sujet du barème, en effet, c'est une piste intéressante ». Elle n'a toutefois présenté aucun scénario chiffré, et rien n'indique à ce stade quelles tranches seraient avantagées ou pénalisées.
La seconde piste serait celle d'une carte prépayée, destinée à encadrer les dépenses éligibles. La directrice générale de la Cnaf s'est interrogée à voix haute : « est-ce qu'il ne faudra pas passer par une carte prépayée ? », rapporte Public Sénat. Aujourd'hui, l'ARS peut servir à financer des fournitures, des vêtements, des activités sportives et culturelles ou encore la cantine. Une carte pourrait, en théorie, limiter l'usage de l'aide à certaines de ces catégories, mais rien n'est arrêté sur sa forme ni sur son périmètre.
Cette seconde idée soulève plusieurs difficultés, que l'audition a mises en avant. Il faudrait d'abord passer par un prestataire, ce qui engendrerait des coûts de gestion susceptibles de réduire les économies attendues. Constance Bensussan a elle-même appelé à la prudence : « Attention à l'équilibre entre économie et coût sur ce sujet-là ». Fixer précisément les limites des dépenses couvertes serait par ailleurs délicat, puisque la liste actuelle est large. Selon Public Sénat, le débat rappelle d'ailleurs les critiques visant les sociétés qui gèrent les titres-restaurant.
Ces réserves montrent que la carte prépayée, si elle était retenue, ne constituerait pas une solution simple. Elle poserait une question d'efficacité, puisque les frais de gestion pourraient absorber une partie des 600 millions d'euros recherchés. Elle poserait aussi une question de lisibilité pour les familles, qui devraient savoir ce qu'elles peuvent ou non acheter. À ce stade, il s'agit d'une piste de réflexion et non d'un dispositif en préparation.
Le calendrier, lui, apparaît contraint mais pas bloquant. Selon Public Sénat, des concertations devraient être menées dans des délais serrés. L'ARS étant versée en août, elle offrirait toutefois davantage de marge que les autres prestations, qui doivent être prêtes dès janvier, et les modalités ne devraient pas forcément être arrêtées à cette date. Cette souplesse laisserait du temps pour trancher, mais elle entretient aussi l'incertitude pour les familles concernées. Dans un autre registre, les ménages qui surveillent leurs aides peuvent aussi consulter notre guide sur l'aide carburant et ses conditions.
Reste la question de l'impact sur les ménages. La sénatrice Jocelyne Guidez (UC), rapporteure de la branche famille, a demandé si une baisse de 600 millions d'euros était « soutenable » pour les familles, selon Public Sénat. Constance Bensussan a répondu n'avoir « pas de chiffres à vous donner sur l'impact en termes de revenus ». La Cnaf n'a fourni aucune simulation, les contours de la réforme n'étant pas connus. D'autres parlementaires ont par ailleurs évoqué le gel des prestations sociales l'an prochain, ce qui ajouterait un autre motif d'inquiétude pour les budgets familiaux.
En l'état, les familles ne peuvent donc que suivre les discussions budgétaires à venir. Les pistes d'un barème selon l'âge et d'une carte prépayée pourraient être retenues, modifiées ou abandonnées, et leurs conséquences chiffrées restent à établir. Les prochaines étapes, à savoir les débats sur le PLFSS 2027 puis les concertations annoncées, devraient permettre d'y voir plus clair avant le versement d'août.
Photo : TheUltimateGrass, CC0, via Wikimedia Commons (page source)