Retraites : la suspension de la réforme fait grimper les départs en 2026
La suspension de la réforme des retraites de 2023 produit des effets visibles dans les caisses : l'Assurance retraite s'attend à traiter 905 000 dossiers de départ d'ici la fin de l'année, soit 70 000 de plus qu'en 2025. Son nouveau directeur parle d'une « production exceptionnelle ».
Ces chiffres sont rapportés par Boursorama, avec Media Services, le 28 octobre 2026. Le site reprend un entretien accordé par Paul Bazin, directeur général de la Caisse nationale d'assurance vieillesse (Cnav), aux Échos, publié le mercredi 28 octobre. L'article des Échos est réservé aux abonnés.
La Cnav est le régime de base des salariés du privé et des indépendants. Selon Paul Bazin, cité par Boursorama, elle a vu, « comme anticipé », le nombre de demandes de départ augmenter de manière « très forte » cette année. Il précise que les départs liés à la suspension sont « assez en ligne » avec les prévisions de la caisse.
Autrement dit, l'afflux n'a rien d'une mauvaise surprise pour l'institution : elle l'attendait. Ce qui frappe, c'est l'ampleur du volume à absorber en une seule année, avec 905 000 dossiers prévus, là où l'année précédente en avait compté 70 000 de moins.
Une réforme gelée, des générations qui partent plus tôt
Pour comprendre cet afflux, il faut revenir sur le mécanisme. D'après Boursorama, la « suspension » de la réforme Borne de 2023 a été votée l'an dernier dans le budget de la Sécurité sociale. Elle gèle, jusqu'en janvier 2028, la marche vers un âge légal de départ fixé à 64 ans. Elle gèle aussi le relèvement du nombre de trimestres à cotiser pour obtenir le taux plein.
Concrètement, la montée en charge prévue par la réforme de 2023 s'arrête là où elle en était. Les assurés concernés ne voient donc pas leur âge de départ continuer à reculer comme le texte initial le prévoyait. Ce gel porte à la fois sur l'âge et sur la durée de cotisation, ce qui joue sur deux leviers à la fois.
L'exemple donné est celui de la génération née en 1964. Elle a pu partir à 62 ans et 9 mois, comme la génération précédente, au lieu des 63 ans que prévoyait la réforme. Dans les faits, ces assurés peuvent donc partir à compter d'octobre 2026, alors que la date aurait été reportée à début 2027 sans la suspension.
Le gain reste modeste pour chacun : quelques mois. Mais, selon Boursorama, cinq générations en bénéficient.
Pour la génération 1964, le calendrier est avancé : des assurés qui seraient partis début 2027 peuvent partir dès octobre 2026. L'article ne chiffre toutefois pas la part exacte de ces départs avancés dans les 70 000 dossiers supplémentaires, et ne dit pas non plus comment les chiffres évolueront après 2026.
Sur les mois à venir, les sources consultées restent également muettes. Elles ne précisent pas si le rythme des départs se maintiendra jusqu'à janvier 2028, date jusqu'à laquelle court la suspension, ni ce qui se passera ensuite.
Cette suspension s'inscrit dans une actualité plus large sur les pensions. Pour les montants versés, on pourra consulter notre guide sur la revalorisation des retraites, les dates, les taux et les règles de la base et de l'Agirc-Arrco, qui détaille la mécanique des augmentations annuelles.
La retraite progressive, véritable surprise de l'année
Le directeur de la Cnav met en avant un autre phénomène, qui n'était pas forcément attendu à cette échelle : le « succès extrêmement fort » de la retraite progressive. Selon les chiffres cités par Boursorama, elle a donné lieu à 46 000 attributions de janvier à septembre, contre 22 000 un an plus tôt sur la même période. Le nombre d'attributions a donc plus que doublé.
Ce dispositif permet, à partir de 60 ans et de 150 trimestres cotisés, de travailler à temps partiel tout en touchant une partie de sa pension. La fraction de pension versée est calculée au prorata du temps non travaillé : plus la quotité de travail baisse, plus la part de retraite perçue augmente.
C'est une manière de ralentir progressivement son activité sans attendre le départ complet. L'assuré garde un revenu d'activité réduit, complété par une partie de sa pension, au lieu de basculer d'un coup d'un emploi à temps plein vers la retraite.
La réforme de 2023 a, selon la même source, « musclé » le dispositif. Désormais, l'employeur ne peut plus s'opposer à la demande du salarié, sauf motif légitime. Le salarié qui remplit les conditions d'âge et de trimestres n'a donc plus à obtenir un accord de principe de son entreprise, ce qui change l'équilibre de la démarche.
Les articles disponibles n'expliquent pas en détail ce qui motive cette hausse : ils ne disent ni quelles catégories d'assurés y recourent le plus, ni dans quels secteurs. Ils ne permettent donc pas d'affirmer qu'il s'agit d'un effet direct de la suspension plutôt que de la montée en puissance du dispositif renforcé en 2023. La Cnav qualifie simplement ce résultat de surprise.
On peut noter que la retraite progressive et la suspension répondent à des logiques différentes : la première permet un départ partiel dès 60 ans, la seconde interrompt le recul de l'âge légal.
Reste la question pratique du délai. Malgré le grand nombre de dossiers, Paul Bazin affirme que le délai de traitement « ne s'est pas dégradé » et que « plus de 95 % des assurés » se voient verser leur pension dans les temps. La Cnav assure donc tenir son rythme malgré l'afflux, sans que les sources précisent la durée moyenne de traitement.
Les articles ne détaillent pas non plus les démarches à effectuer ni les délais de dépôt d'une demande de retraite. Les assurés qui s'interrogent sur leur situation personnelle, leur génération ou leur éligibilité à la retraite progressive sont invités à se renseigner directement auprès de l'Assurance retraite. Pour l'actualité des prochains jours, notre point sur ce qui change autour du 1er novembre 2026 évoque aussi les retraites.
Photo : Jules*, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.