Prix en Algérie : Ghrieb lance une plateforme contre la spéculation
Le Premier ministre algérien, Sifi Ghrieb, a lancé jeudi 5 novembre une plateforme numérique nationale de suivi quotidien des prix et de la disponibilité des produits de première nécessité, lors d'une réunion par visioconférence avec les walis. Elle arrive alors que la pomme de terre, dont le prix de détail est plafonné depuis le 1er octobre, se fait rare dans plusieurs wilayas.
Selon le communiqué des services du Premier ministre, repris par Ouest Tribune, la réunion associait les ministres concernés, les walis, les présidents de la Chambre nationale d'agriculture (CNA) et de l'Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA), des représentants des filières agricoles, des exploitations de toutes tailles et des propriétaires de chambres froides. Les walis se sont vu rappeler « la nécessité de prendre immédiatement toutes les mesures légales et coercitives » contre toute tentative de provoquer des pénuries, de perturber l'approvisionnement des marchés ou de manipuler les prix.
Ce que la plateforme doit suivre
D'après TSA, l'outil doit donner au gouvernement, aux walis et aux services de sécurité, en temps réel, les prix des produits de large consommation, les quantités produites et vendues, leur destination et l'état des stocks dans les chambres froides. « Ce n'est pas de la facturation, mais nous devons savoir combien tu as vendu, à quel prix et à qui tu as vendu », a expliqué Sifi Ghrieb, cité par le quotidien en ligne. Il a ajouté que chaque chiffre saisi sur la plateforme serait « sous la responsabilité des walis ».
Le Premier ministre a reconnu aux agriculteurs et aux commerçants le droit de faire des bénéfices, à condition de respecter les règles. « Nous ne tolérerons plus la spéculation et nous utiliserons tous les moyens pour la combattre », a-t-il déclaré, toujours selon TSA, en annonçant des contrôles « minutieux » des chambres froides et des aires de stockage. Des saisies pour stockage spéculatif ont déjà eu lieu cette année, comme celle de 10 tonnes de bananes dans un entrepôt à Souk Ahras.
Ce dispositif découle du Conseil des ministres du 18 octobre, au cours duquel le président Abdelmadjid Tebboune a demandé un suivi quotidien des prix. Deux jours plus tard, Sifi Ghrieb avait réuni un conseil interministériel sur l'adhésion des mandataires des marchés de gros de fruits et légumes à ce mécanisme, selon l'agence APS. Au printemps, Naftal avait de son côté annoncé une plateforme pour commander des pneus en ligne.
Pomme de terre : le plafond et ce que le consommateur peut signaler
Le plafond de la pomme de terre résulte d'un accord conclu le 1er octobre avec les représentants de la profession. La note du ministère du Commerce intérieur, citée par Algérie Eco, fixe le prix de vente du producteur entre 60 et 70 dinars le kilo et le prix de détail entre 80 et 90 dinars. Avant cette mesure, le kilo dépassait 100 dinars sur plusieurs marchés et atteignait 140 dinars dans certains points de vente d'Alger, contre 50 à 70 dinars en temps normal, selon le même site.
Sur le terrain, le plafond n'est pas toujours respecté. TSA écrit que le tubercule est « introuvable sur le marché depuis plusieurs jours » et que les commerçants semblent refuser de le vendre au prix fixé. Algérie360 relève jusqu'à 150 dinars le kilo sur certains marchés et cite le retrait de la vente de 3,5 tonnes au marché de gros de Boumerdès le 3 novembre, puis le lancement le 4 novembre d'un déstockage de pommes de terre dans les wilayas d'Aïn Defla, Médéa, Boumerdès et Bouira. Selon le même site, la récolte d'arrière-saison doit commencer vers le 20 novembre à El Oued, première wilaya productrice, ce qui devrait augmenter l'offre dans les semaines suivantes.
La plateforme lancée le 5 novembre sert aux administrations, pas au public. Pour les consommateurs, le canal est celui du ministère du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national. Son application Morafikcom, gratuite sur Google Play et l'App Store, permet déjà de signaler l'absence d'affichage des prix et les manquements à l'hygiène, selon un communiqué du ministère diffusé par l'APS, repris par allAfrica en mai. Le 20 octobre, le ministère a en outre annoncé une plateforme de suivi des signalements et des réclamations, ainsi qu'une application mobile pour signaler les infractions aux prix et à l'hygiène, selon l'APS ; le communiqué ne précise pas son nom.
Kribaa Khedir, vice-président de l'Union nationale de protection des consommateurs, cité par Algérie360, conseille de ne pas acheter les produits vendus à des prix injustifiés, de se reporter sur d'autres produits pendant cette période et de signaler les dépassements sur les plateformes du ministère.
Photo : pommes de terre sur un étal. Engin Akyurt, Pexels.