Sahara occidental : la Russie oppose son veto au texte américain à l'ONU
La Russie a opposé vendredi 30 octobre son veto, au Conseil de sécurité de l'ONU, au projet de résolution américain sur le Sahara occidental, alors que onze des quinze membres le soutenaient. Le texte aurait prolongé la mission jusqu'au 31 octobre 2027 en la rebaptisant Minuso. Le mandat actuel de la Minurso expire samedi 31 octobre et Moscou a présenté son propre projet, qui reconduit la mission sans changement.
Selon Hespress, le scrutin a donné onze voix pour, une contre, celle de la Russie, et trois abstentions. Yabiladi cite la Chine et le Pakistan parmi les abstentionnistes ; Le360 ajoute la Somalie. Un texte n'est adopté qu'avec au moins neuf voix et sans veto d'un membre permanent : celui de Moscou suffit donc à bloquer la résolution, malgré la majorité obtenue. TSA Algérie rapporte lui aussi le veto, avec onze membres du Conseil en faveur du texte américain.
Les réactions rapportées viennent surtout des partenaires de Washington. L'ambassadeur américain Mike Waltz a déclaré que son pays continuerait de soutenir une Minurso remaniée et l'envoyé personnel du secrétaire général, Staffan de Mistura. La France a « regretté vivement » le veto et mis en garde contre ses conséquences pour la mission, et le Royaume-Uni a pris la même position, d'après Yabiladi. Dans les sources consultées, aucune réaction officielle de Rabat, d'Alger ou du Front Polisario n'était encore rapportée au moment où nous écrivons.
Ce que le texte américain prévoyait
Le projet américain prolongeait le mandat jusqu'au 31 octobre 2027 et rebaptisait la Minurso en Mission des Nations unies pour le Sahara occidental (Minuso) à partir du 1er novembre 2026, en supprimant le mot « référendum » du nom de la mission, selon Morocco World News. Il faisait du plan d'autonomie marocain la base des négociations, et prévoyait une réduction de la composante militaire de la mission.
Washington avait pourtant revu sa copie à plusieurs reprises. D'après Hespress, il avait notamment retiré la fin des opérations de maintien de la paix prévue en avril 2027. Une version diffusée le 28 octobre, rapportée par TSA Algérie, atténuait les formulations sur l'autonomie, maintenait la référence à l'autodétermination et supprimait les échéances contraignantes pour la transformation de la mission. Le 29 octobre, une analyse publiée par Atalayar estimait que ces assouplissements visaient à éviter un veto.
Le contexte rend le geste russe notable. En octobre 2025, la résolution 2797 avait été adoptée par onze voix, la Chine, le Pakistan et la Russie s'étant abstenus et l'Algérie n'ayant pas pris part au vote, d'après le communiqué de l'ONU. Le 27 octobre, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, avait dit que Moscou soutenait la prolongation du mandat et fixerait sa position finale après les négociations entre membres du Conseil. Selon Yabiladi, « le changement de position de la Russie est désormais manifeste ».
Un mandat qui expire samedi
La suite se joue dans les heures qui viennent. Peu avant le vote, la Russie a présenté son propre texte, qui se limite à prolonger le mandat de la Minurso d'un an, sans le changement de nom ni les modifications voulues par Washington, selon Yabiladi et Hespress. Le sort de ce projet n'était pas connu à l'heure où nous écrivons. Si aucun texte n'est adopté, le mandat arrive à échéance le 31 octobre sans résolution de remplacement, ce que la France a jugé « particulièrement préoccupant » au vu des tensions régionales, d'après Yabiladi.
Pour Rabat, l'enjeu était de consolider la place du plan d'autonomie, déjà reconnu comme base de discussion par le texte de 2025. Pour Alger et le Polisario, il s'agissait de préserver la référence à l'autodétermination et le nom de la mission. Le veto laisse ces questions entières : la résolution 2797 reste le dernier texte adopté, et son examen stratégique du mandat de la mission demeure à traiter.
Le dossier se joue aussi hors de la salle du Conseil. Mediaterranee a déjà raconté les négociations secrètes de Madrid sous pilotage américain et le nouveau round à huis clos à Washington, deux séquences de février. La rivalité entre Alger et Rabat se joue aussi sur le terrain économique, comme le montre la demande du président Tebboune de mettre rapidement en service le quai d'Annaba pour le phosphate.
Crédit photo : salle du Conseil de sécurité de l'ONU, siège de New York, James D. Forrester, Wikimedia Commons, licence CC BY 4.0.