BHV Marais demande son redressement judiciaire : que change la procédure ?
Le BHV Marais, grand magasin parisien fondé en 1856, a annoncé le mardi 27 octobre 2026 demander son placement en redressement judiciaire. La direction affirme vouloir « préserver l'activité et l'emploi ». Le magasin reste ouvert pour l'instant, mais la demande suscite des questions chez les clients, qui détiennent parfois des cartes cadeaux ou des avoirs, et chez les quelque 700 salariés.
La direction du BHV Marais a confirmé la démarche à l'AFP, dans une dépêche datée du 28 octobre. Le dépôt d'une demande ne signifie pas une fermeture immédiate : c'est au tribunal de décider de l'ouverture éventuelle de la procédure et de la suite à lui donner.
L'annonce surprend d'autant plus que l'entreprise affirmait récemment, selon l'AFP, ne pas être en cessation de paiement. Selon Sortiraparis et L'Express Franchise, le magasin reste ouvert pour le moment. Cet article fait le point sur ce que disent les sources consultées, et sur ce qu'elles ne disent pas.
Une procédure demandée, un tribunal qui reste à déterminer
Selon l'AFP, la demande a été déposée auprès du tribunal des activités économiques (TAE) de Lyon. Or le siège social du BHV a déménagé à Paris en février, ce dont s'étonne l'intersyndicale. Une audience est par ailleurs prévue au TAE de Paris le vendredi 30 octobre 2026, selon la dépêche de l'AFP, qui précise que cette date est déduite. Sortiraparis donne lui aussi Paris et le 30 octobre.
Les sources divergent donc sur la juridiction, et la question n'est pas tranchée à ce stade. La porte-parole de l'entreprise évoque une procédure d'assignation d'un créancier, engagée « il y a plusieurs mois », qui pourrait rendre le tribunal de Lyon compétent.
Elle indique que le choix entre Lyon et Paris est en discussion et qu'il ne fait « aucune différence » pour l'entreprise. Elle ajoute : « On ira à Lyon ou à Paris selon l'issue de ces discussions. » Il faudra donc attendre pour savoir quel tribunal examinera le dossier.
La procédure demandée prévoit, selon l'AFP, une période d'observation de six mois, renouvelable une fois six mois, puis un éventuel plan de continuation. D'après L'Express Franchise, le juge pourrait retenir un plan de continuation ou un plan de cession. Rien n'est donc écrit d'avance sur l'issue.
Le BHV explique que la procédure « gèle le passif antérieur ». Les ventes réalisées après le dépôt de la demande sont, toujours selon L'Express Franchise, reversées aux marques selon le calendrier prévu. Cette précision concerne les marques présentes dans le magasin, dont les relations avec le BHV sont tendues depuis plusieurs mois.
La direction présente la démarche comme un moyen de protéger l'activité. Le dépôt de la demande n'est cependant pas une décision du tribunal. Tant que celui-ci n'a pas statué, la situation du magasin reste celle décrite par ses dirigeants : ouvert, mais en difficulté.
Clients et salariés : ce que l'on sait, et ce que l'on ignore
Pour les clients, les informations disponibles viennent de L'Express Franchise. Les cartes cadeaux, les avoirs et les acomptes payés avant le jugement deviennent des créances. Elles doivent être déclarées au mandataire judiciaire dans les deux mois suivant la publication du jugement d'ouverture au Bodacc, en application de l'article R622-24 du Code de commerce.
Cette règle ne s'applique qu'à une condition : que la procédure soit effectivement ouverte. Tant que le tribunal n'a pas statué, il n'y a ni jugement d'ouverture ni délai qui court.
Les sources consultées ne disent en revanche rien des garanties ni des commandes en cours. Aucune ne précise non plus comment fonctionnent les commandes en ligne. Rien ne permet d'affirmer ici ce qu'il adviendrait d'un achat déjà payé et non livré. Le plus prudent est de se renseigner directement auprès du magasin.
Du côté des salariés, L'Express Franchise évoque environ 700 personnes. Les représentants du personnel avaient appelé à la grève en septembre. Dans un communiqué cité par l'AFP le mercredi 28 octobre, l'intersyndicale juge que les dirigeants ont « manifestement failli » et demande l'ouverture « urgemment » de la procédure.
Elle estime que « continuer avec les dirigeants actuels est voué à l'échec ». Elle dénonce l'absence de stratégie et de moyens, ainsi qu'une opacité sur les flux financiers. Pour elle, un repreneur solide et bien financé est nécessaire pour maintenir l'activité et une partie des emplois.
L'intersyndicale qualifie en outre de « tour de passe-passe » la revente à perte, en juin, de la SGM de Frédéric Merlin à certains dirigeants. Ces accusations sont celles des représentants du personnel. Les sources consultées ne rapportent pas de réponse de la direction sur ce point précis.
La direction, elle, met en avant un autre problème. Karl-Stéphane Cottendin, à la tête du magasin depuis juin 2026, déclare : « Ce qui manque aujourd'hui à ce magasin, c'est la trésorerie qui lui est due. » Il accuse le propriétaire, Brookfield, de ne pas verser des indemnités liées à la restitution de plus de la moitié du magasin au printemps 2026.
Brookfield, bailleur depuis janvier 2026 avec un bail signé le 27 janvier, répond qu'il « dément catégoriquement devoir une quelconque somme au BHV à ce jour ». Le propriétaire précise que les indemnités ne sont dues qu'après la remise en conformité des locaux par le BHV. Les deux versions s'opposent, et aucune des sources consultées ne les départage.
Le différend avec le bailleur est donc au cœur de l'argumentation de la direction, tandis que l'intersyndicale met en cause la gestion elle-même.
Un dernier point concerne les comptes. Selon Challenges, le chiffre d'affaires serait passé de 274 millions d'euros en 2024 à 170 millions d'euros en 2025. Ce chiffre n'a pas été recoupé à la source dans le cadre de cet article, et il doit donc être lu avec prudence.
Franceinfo, de son côté, évoque des dettes et des factures impayées supérieures à 100 millions d'euros. Là encore, il s'agit de l'estimation d'un média, que nous rapportons sans pouvoir la confirmer. Les impayés aux marques étaient pour leur part estimés à 7 millions d'euros en novembre 2025 par l'Union française des industries de la mode.
Pour comprendre comment le magasin en est arrivé là, la chronologie des derniers mois est utile. Le BHV est né en 1856 sous le nom de Bazar de l'Hôtel de Ville, et la SGM l'exploite depuis 2023. En novembre 2025, Shein y ouvre sa première boutique permanente, au 6e étage.
Ce partenariat a fait fuir des marques, parmi lesquelles Dior, Guerlain, Sandro et Maje, selon L'Express Franchise. Karl-Stéphane Cottendin le qualifie ensuite d'erreur stratégique. En juin 2026, la SGM est revendue à des dirigeants à un prix négatif.
Le 20 juillet 2026, un plan de relance est présenté, centré sur la maison, le bricolage et la décoration. Trente-sept marques annoncent leur retour, et jusqu'à 40 % du capital pourrait être ouvert aux salariés. Le rez-de-chaussée rouvre le 10 septembre 2026. Les 17 et 18 octobre 2026, des pillages ont eu lieu lors de manifestations.
Les prochains jours seront décisifs. L'audience prévue le vendredi 30 octobre, si elle se tient bien à Paris, devrait éclairer la suite, de même que le choix de la juridiction. D'ici là, mieux vaut interroger le magasin sur ses cartes cadeaux, avoirs et commandes.
Pour aller plus loin : Temu, Shein, AliExpress : taxes, douane et retours explique les enjeux des achats en ligne, et Commerce pillé ou vandalisé : déclarer, se faire indemniser, obtenir des aides détaille les démarches pour un commerce touché par les pillages.