Manifs du 31 octobre et 3 novembre à Paris : parcours et risques
Deux rendez-vous de rue sont annoncés à Paris avant la grève du 5 novembre : un samedi 31 octobre porté par les Gilets jaunes, l’intersyndicale et des organisations de lycéens et d’étudiants, puis une manifestation étudiante déclarée pour le mardi 3 novembre, du Panthéon au siège du Medef. Les parcours du 31 sont toujours en discussion avec la préfecture de police, et le ministre de l’Intérieur redoute un « risque de violences urbaines très élevé » en soirée.
Samedi 31 octobre : « Acte III » des Gilets jaunes, parcours contesté
La coordination des Gilets jaunes appelle à un troisième samedi de mobilisation, qui tombe cette année le jour d’Halloween. D’après Sortir à Paris, elle prévoit des rassemblements et des sit-ins à 14 h devant l’Assemblée nationale, dans le 7e arrondissement de Paris, et devant des mairies. Le mot d’ordre a glissé du coût de la vie vers la défense des libertés publiques, après les interdictions de cortèges et les couvre-feux décidés dans plusieurs villes. 20 Minutes rappelle toutefois que la « vie chère » reste citée parmi les motifs de l’appel, relayé aussi par des organisations syndicales de lycéens et d’étudiants.
Le parcours est au cœur du bras de fer. Les Gilets jaunes ont déposé un itinéraire entre la place de la Bastille et la place de la Concorde, par les grands boulevards. De son côté, l’intersyndicale d’Île-de-France avait déclaré un trajet entre Bastille et Nation. Selon BFM, la préfecture de police de Paris a refusé le parcours de l’intersyndicale et proposé à la place un itinéraire entre la porte de Bagnolet et la porte de Charenton, en bordure de la capitale ; l’intersyndicale refuse ce changement. Plus tard dans la journée du 29, Le Parisien indique que l’intersyndicale a saisi le juge des référés pour obliger la préfecture à se prononcer sur le parcours qu’elle a présenté. Au moment d’écrire ces lignes, le tracé du samedi n’est donc pas arrêté. Les Gilets jaunes, eux, ont fait savoir qu’ils envisageaient de déposer plainte en cas de nouveau refus, rapporte Le Parisien.
Cette position s’inscrit dans la ligne fixée par Emmanuel Macron : d’après Sortir à Paris, il a annoncé que les manifestations des 31 octobre et 5 novembre seraient tenues à l’écart des centres-villes pour protéger commerces et bâtiments publics, comme nous l’indiquions dans notre article du 27 octobre. Les arrêtés de la préfecture sortent souvent la veille, voire le matin même : avant de vous déplacer samedi, vérifiez le tracé et les stations de métro fermées sur les sites de la préfecture et de la RATP.
Ce que dit Laurent Nuñez du risque de violences
Dans une lettre aux préfets consultée par franceinfo, le ministre de l’Intérieur écrit qu’il existe un « risque de violences urbaines très élevé » samedi, « du début de soirée jusque tard dans la nuit ». Il y décrit de « multiples appels à rassemblement dans les centres-villes », repérés notamment sur les réseaux sociaux, en lien avec la mobilisation sociale mais aussi avec la fête d’Halloween, et demande un dispositif de forces de l’ordre « puissant, réactif et agile ».
Le ministre vise surtout les rassemblements annoncés sur les places publiques à partir de 20 h « au prétexte de la fête d’Halloween ». Selon 20 Minutes, il estime que l’analyse de ces appels « ne laisse pas de doute sur les intentions de leurs acteurs de commettre de nouvelles exactions ». Les forces de sécurité intérieure craignent des cortèges sauvages et des attaques de bâtiments publics. Au total, 70 000 policiers et gendarmes seront mobilisés samedi, soit autant que le 24 octobre.
La nuance compte : ces avertissements visent surtout la soirée et les rassemblements annoncés autour d’Halloween. Pour qui se déplace en centre-ville ce soir-là, mieux vaut anticiper les horaires de retour et les transports.
L’extrême droite le 24 octobre : ce que montrent les images, ce qu’en disent les autorités
La question des violences ne se limite pas à la casse. D’après une enquête vidéo publiée par Le Monde, fondée sur des images que le journal dit avoir vérifiées, des membres de l’extrême droite se sont organisés dans au moins une dizaine de villes le 24 octobre, en marge des manifestations, et certains ont pris à partie des manifestants. À Montpellier, près de la place de la Comédie, des hommes en civil auraient commis des violences contre des participants sous les yeux de CRS, qui auraient ensuite maîtrisé les victimes mais laissé partir les agresseurs. Le quotidien précise que plusieurs enquêtes judiciaires ont été ouvertes pour violences aggravées.
Interrogé sur le comportement des forces de l’ordre, Laurent Nuñez a répondu, cité par Le Monde : « À aucun moment, évidemment, la police ne les a protégés, à aucun moment ils n’ont travaillé en concertation avec des policiers et des gendarmes, bien évidemment. » Devant le Sénat, il a aussi assuré qu’« il n’y a eu aucune complaisance des forces de l’ordre et aucune instruction du ministère de l’Intérieur de laisser faire », selon Actu.fr. Il n’est donc pas établi, à ce stade, que la police ait protégé ces groupes : les images soulèvent la question, les autorités la contestent, et les enquêtes devront trancher.
Le sujet est remonté jusqu’au chef de l’État. Dans l’entretien enregistré mercredi 28 octobre et diffusé sur la chaîne YouTube HugoDécrypte, le journaliste Hugo Travers lui a montré des images tournées le 24 octobre à Nancy. Selon Actu.fr, on y voit un groupe d’ultradroite lancer des projectiles contre d’autres manifestants, à proximité des forces de l’ordre. Toujours selon Actu.fr, aucun militant d’ultradroite n’a été interpellé à Nancy, mais le procureur de la République a ouvert deux enquêtes. Emmanuel Macron a répondu : « Moi, je ne l’explique pas. […] Il faut absolument que la clarté soit faite. » Il a ajouté que, qu’elle vienne de l’ultragauche ou de l’ultradroite, quand des gens sont violents envers les biens ou les personnes, « ils doivent être interpellés, parce que l’ordre public prévaut ».
Sur les blessures de jeunes manifestants, le président s’est dit « dans la compassion et le soutien à tous », tout en évoquant des policiers blessés et en appelant à « revenir au calme des deux côtés », d’après Europe 1. Il a aussi souhaité que les lycées rouvrent normalement lundi, après les vacances de la Toussaint.
Mardi 3 novembre : les étudiants de l’Interfac IDF du Panthéon au Medef
Le mouvement étudiant, lui, a choisi la date du lendemain de la reprise. Selon Le Parisien, le comité de mobilisation de l’Interfac IDF a déclaré en préfecture une manifestation le mardi 3 novembre, décidée lors de son assemblée générale du mardi 27 octobre au soir. Le parcours part de la place du Panthéon (5e arrondissement) et rejoint le siège du Medef, au 55 avenue Bosquet (7e), en passant par le boulevard Saint-Michel, Port-Royal, le boulevard du Montparnasse, le boulevard des Invalides, l’avenue Duquesne et l’avenue Bosquet, soit 4,7 km.
L’Interfac IDF explique poursuivre la mobilisation « car les miettes lâchées par le gouvernement nous indiquent que celui-ci est prêt à des concessions mais aussi à des arnaques ». Elle appelle en outre à rejoindre la manifestation du 31 octobre et la grève du 5 novembre. À ce jour, nous n’avons trouvé aucune confirmation publique de l’accord de la préfecture pour le tracé du 3 novembre : comme pour le 31, il peut encore changer.
Que retenir avant de sortir ce week-end
Pour le 31 octobre, le plus sûr est de suivre les consignes de la préfecture de police le jour même, d’éviter le centre de Paris en fin de soirée et de prévoir un autre itinéraire si votre trajet passe par la Bastille, Nation ou l’Assemblée nationale. Pour le 3 novembre, le quartier du Panthéon, Montparnasse et le 7e arrondissement seront les plus concernés en journée.
Les mobilisations pèsent aussi sur le budget des ménages : commerces fermés, transports perturbés, déplacements à repenser. Si le prix du plein est une de vos préoccupations, notre guide sur l’aide carburant de 100 € fait le point sur les conditions et les démarches ; et pour mettre un peu d’argent de côté, celui sur le livret d’épargne en 2026 compare taux et plafonds.
Photo : Colonne de Juillet, place de la Bastille à Paris, Florian Pépellin, licence CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.