Smic : un coup de pouce dès décembre à l'étude, le patronat s'insurge
Le gouvernement envisage de faire jouer dès décembre la revalorisation du Smic, normalement prévue au 1er janvier 2027, en y ajoutant un coup de pouce. Rien n'est décidé, mais le patronat s'alarme, les syndicats réclament bien davantage et Macron a renvoyé la balle vers les branches professionnelles.
Le Smic s'établit « aujourd'hui à 1 478 euros net par mois », rappelait franceinfo lors du journal de France 2 du 28 octobre. Comme chaque année, il doit être relevé mécaniquement le 1er janvier, en fonction de l'inflation. D'après franceinfo, cette hausse automatique serait d'environ 1 %, tandis que Le Parisien avance une fourchette de 0,8 % à 1 %.
Ce qui est à l'étude, c'est de faire intervenir cette revalorisation dès décembre plutôt qu'en janvier, avec un coup de pouce supplémentaire de 0,5 %, selon franceinfo. Le Parisien, qui cite « un proche de l'exécutif », parle de 0,5 % ou 0,6 %. Dans ce schéma, la hausse globale atteindrait 1,5 %, soit environ 22 euros net par mois pour un salarié payé au Smic.
Il faut insister sur le conditionnel. Aucune décision n'a été annoncée, et les chiffres circulent surtout par des sources proches de l'exécutif ou des discussions avec les partenaires sociaux. Selon BFM, le cabinet du ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, reçoit à tour de rôle les partenaires sociaux et « aurait proposé » 1 %, une information rapportée au conditionnel.
Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a pour sa part indiqué il y a cinq jours, toujours d'après BFM, qu'une hausse du Smic « fait partie des débats ». La formule est prudente : elle confirme qu'un geste est discuté, sans l'engager.
Un patronat vent debout, des syndicats qui veulent bien plus
Du côté des employeurs, la réaction est vive. Le Parisien titre « C'est intenable » et indique que le gouvernement prévoit aussi, dans le budget, de prolonger le gel des allégements de charges. Toujours selon le quotidien, les entreprises réclament d'être reçues par Matignon.
Le président du Medef, Patrick Martin, a estimé vendredi dernier, rapporte BFM, qu'une hausse du Smic pour « acheter la paix sociale », ajoutée au renchérissement du coût du travail prévu dans le budget de la Sécu, risque de « créer la pagaille dans les entreprises ».
Interrogé par franceinfo, un chef d'entreprise, Alexandre David, connu sous le nom de « Monsieur Sticker », a fait son calcul : la hausse lui coûterait 3 000 euros par an pour l'ensemble de ses salariés. Il parle de « double peine » en raison du gel des allégements de charges. Ce témoignage reste celui d'un seul employeur, mais il illustre l'argument central du patronat : l'effet cumulé de la hausse du Smic et du coût du travail.
Les syndicats, eux, jugent l'effort très insuffisant. D'après BFM, ils réclament 100 euros de plus par mois net, ce qui représente « presque 7 % » pour la CFDT, tandis que la CGT exige 10 %. Franceinfo rapporte la même demande d'une augmentation minimale de 100 euros par mois. L'écart avec les 22 euros envisagés est donc considérable.
Le contexte social pèse sur la discussion. Franceinfo évoque une colère ambiante et des manifestations, avec d'autres rassemblements prévus samedi prochain et le 5 novembre. La question est de savoir si 22 euros par mois suffiraient à l'apaiser ; la réponse n'est, à ce stade, pas connue.
Les branches sous le Smic, nouvelle priorité affichée par Macron
Mercredi 28 octobre, lors d'un entretien sur la chaîne YouTube HugoDécrypte, Macron a exhorté les branches professionnelles « qui ont encore des revenus qui sont sous le Smic » à « relancer » des négociations salariales, selon BFM. Interrogé sur un éventuel coup de pouce, il a éludé la question et renvoyé au Premier ministre, Sébastien Lecornu.
Le chef de l'État a résumé sa position : « Je pense que la clé elle est plus aujourd'hui sur certaines branches qui ont un niveau de rémunération qui est en dessous du Smic ». Le message est net : plutôt que de trancher sur le niveau du Smic, il pointe la responsabilité des négociateurs de branche.
Le sujet n'est pas théorique. Selon une étude de la CGT publiée le 28 octobre par Le Parisien, 122 branches proposent encore au moins un niveau de salaire sous le Smic. Il s'agit d'un chiffre syndical, et non d'un décompte officiel, à manier avec prudence. Le quotidien cite l'exemple de l'habillement, dont la grille compte « au mieux » un niveau sous le Smic depuis dix ans ; les syndicats de la branche ont écrit mardi au ministère du Travail.
Concrètement, que signifie une grille sous le Smic ? La règle générale du droit du travail interdit de payer un salarié moins que le Smic : lorsque le minimum de branche est inférieur, l'employeur doit verser le Smic. Les salariés ne touchent donc pas moins que le minimum légal. Le problème concerne surtout les premiers échelons et l'évolution de carrière.
Pour un salarié au Smic, l'enjeu immédiat est modeste mais réel : environ 22 euros net par mois si le scénario évoqué était retenu, et dès décembre au lieu de janvier. Pour savoir que faire de quelques dizaines d'euros de plus, notre guide sur le Livret A, ses taux et ses alternatives peut servir de point de repère. Notre article sur ce qui change autour du 1er novembre 2026 recense d'autres évolutions du moment.
Reste ce que l'on ignore. On ne sait pas si le gouvernement retiendra une application dès décembre, ni le montant exact du coup de pouce, 0,5 % ou 0,6 % selon les sources. On ignore aussi si l'appel de Macron aux branches débouchera sur de vraies renégociations, et si les entreprises obtiendront d'être reçues par Matignon. Les manifestations du 5 novembre constituent un rendez-vous à suivre.
Trois lectures se font face : un geste modeste pour l'exécutif, un risque de « pagaille » pour le patronat, un effort très insuffisant pour les syndicats. Entre ces positions, la décision revient au Premier ministre, vers lequel le chef de l'État a renvoyé la question.
Photo : Avij, domaine public, via Wikimedia Commons.