Taaone : des chefs de service renoncent à leurs fonctions en pleine grève
Le jeudi 29 octobre 2026, des chefs de service du Centre hospitalier de la Polynésie française (CHPF), l'hôpital principal du territoire, situé à Taaone, sur l'île de Tahiti, ont remis leur démission de leurs fonctions administratives de chef de service, ainsi que de la présidence et de la vice-présidence de la Commission médicale d'établissement (CME). Le geste intervient en pleine grève de la santé publique, lancée par l'intersyndicale le 20 octobre, alors que les négociations entre syndicats et gouvernement ont échoué le mardi 27 octobre au soir. Selon l'un des praticiens interrogés, il s'agit d'éviter une dégradation de la qualité des soins.
Les trois médias consultés s'accordent sur le fond de l'annonce : des responsables médicaux du CHPF quittent leurs responsabilités administratives,. En revanche, ils ne donnent pas la même image de l'ampleur du mouvement. Selon TNTV News, ce sont 25 professionnels de santé qui sont concernés. Selon Radio1 Tahiti, il s'agit de « l'ensemble des chefs de service », médecins et pharmaciens confondus. Polynésie la 1ère, dans son édition du 30 octobre, ne donne pour sa part aucun nombre. Ces écarts ne peuvent pas être tranchés à partir des informations disponibles : aucun de ces chiffres ne doit être retenu comme certain, et il faudra attendre une communication officielle pour connaître le nombre exact de démissionnaires.
Pour le lecteur qui connaît mal l'organisation hospitalière de la Polynésie française, quelques repères s'imposent. Le CHPF est l'hôpital principal du territoire, installé à Taaone, à Tahiti. Les chefs de service y dirigent les unités médicales et pharmaceutiques sur le plan administratif. La Commission médicale d'établissement, la CME, est l'instance qui représente le corps médical auprès de la direction de l'hôpital ; sa présidence et sa vice-présidence figurent parmi les fonctions dont les démissionnaires se sont dessaisis. Selon Radio1, cette commission est présidée par le Dr Tony Tekuataoa. Un geste comparable avait déjà eu lieu en mai 2024, lorsque les chefs de service avaient démissionné en bloc pour dénoncer des tensions d'effectifs, comme le rappellent Radio1 et Polynésie la 1ère.
Une grève qui dure depuis le 20 octobre
Les démissions ne surviennent pas isolément. Elles s'inscrivent dans une grève de la santé publique que l'intersyndicale a commencée le 20 octobre. Polynésie la 1ère et Radio1 évoquent une dizaine de jours de mobilisation, soit dix jours, tandis que TNTV compte neuf jours. Selon Polynésie la 1ère, près de 300 soignants sont en grève et près de 130 praticiens hospitaliers expriment leur désaccord ; TNTV parle, de son côté, d'environ 130 praticiens qui soutiennent la grève. Toujours selon Polynésie la 1ère, 18 points de revendication restent à satisfaire selon l'intersyndicale, qui dénonce l'épuisement, le manque de moyens financiers et humains et la dégradation des conditions de travail.
L'identité des organisations engagées varie elle aussi selon les récits. Polynésie la 1ère cite l'intersyndicale A Tia i Mua, CSTP-FO et SPPPF. Radio1 mentionne CSTP-FO et A Ti'a i mua. TNTV évoque l'intersyndicale ATIM-PH–SPPPF. Les articles ne précisent pas si ces appellations désignent le même front syndical ; elles sont rapportées ici telles quelles. Le fil chronologique, lui, est net : début du mouvement le 20 octobre, échec des négociations le mardi 27 octobre au soir, démissions le jeudi 29 octobre, puis entrée en grève de la FISSAP à minuit, dans la nuit du 29 au 30 octobre.
Du côté du gouvernement, TNTV indique qu'une prime de 18 000 Fcfp par mois a été proposée à tous les agents de la santé publique. Le franc Pacifique, ou Fcfp, est la monnaie utilisée en Polynésie française. L'intersyndicale juge qu'aucune des mesures retenues ne répond à l'attractivité médicale, qu'elle présente comme « au cœur du mouvement ». Polynésie la 1ère précise par ailleurs que la FISSAP, dirigée par Mireille Duval, négocie avec le gouvernement : elle demande la reconnaissance de l'ensemble des métiers de la santé publique, avec une prime associée, et entre en grève après l'échec des discussions de la veille au soir. Les positions ne sont donc pas uniformes d'une organisation à l'autre.
Les patients, les élus et ce qui reste en suspens
Interrogé par Polynésie la 1ère, le Dr Tony Tekuataoa, praticien hospitalier et membre du bureau des syndicats des praticiens du public, explique le sens de la démarche. Pour lui, les démissions visent à éviter une dégradation des soins : « Si on ne se bat pas maintenant, ça sera encore plus de dégradation dans la qualité des soins », déclare-t-il, avant d'ajouter : « C'est l'ensemble du système qu'il faut réformer aujourd'hui ». Le médecin interrogé ne rejette ni la prime ni la reconnaissance de tous les agents, mais il regrette un conflit intersyndical qu'il juge inutile et estime que ces mesures ne suffisent pas à rendre la profession attractive, notamment pour les médecins formés localement.
Pour les patients, les conséquences se mesurent déjà. Selon Polynésie la 1ère, un service minimum est assuré, notamment aux urgences et au bloc obstétrical. Des rendez-vous sont reprogrammés ou annulés, et certains services de dialyse manquent de soignants. TNTV avertit de son côté que les démissions pourraient paralyser l'hôpital de Taaone ; il s'agit d'une mise en garde du média, et aucune paralysie n'est établie dans les sources. Les autres effets éventuels sur le fonctionnement de l'établissement ne sont pas documentés et ne sauraient être affirmés à ce stade.
Après les démissions, les représentants des praticiens ont été reçus à l'Assemblée de la Polynésie française par son président et les chefs de groupe, selon TNTV, Polynésie la 1ère et Radio1. L'intersyndicale a rencontré les élus à 13h30. Les grévistes se disent « rassurés », mais ils n'ont pas dit s'ils lèveraient la grève. Plusieurs questions restent donc ouvertes : le nombre précis de démissionnaires, la suite donnée par le gouvernement aux 18 points de revendication, l'issue du mouvement de la FISSAP et l'avenir de la gouvernance médicale du CHPF. Les prochains jours diront si le dialogue engagé avec les élus débouche sur une sortie de crise.