Gaza, cimetière sans témoins, Israël assassine les journalistes
Par Nadjib TOUAIBIAPublié le
Lundi 25 août, au sud de la bande de Gaza, une frappe israélienne a visé l’hôpital al-Nasser de Khan Younès, l’un des derniers établissements de santé encore en activité. Quinze personnes ont été tuées, parmi lesquelles quatre journalistes : Mohammad Salama (Al Jazeera), Hossam al-Masri (Reuters), Mariam Daqqa (collaboratrice d’Associated Press) et Moaz Abou Taha, photographe indépendant. Leur mort illustre une stratégie désormais incontestable : Israël cible délibérément les rares journalistes encore présents dans l’enclave, avec pour objectif d’étouffer toute communication avec le reste du monde.
Selon la défense civile palestinienne, la première frappe a été menée par un drone, suivie d’un bombardement aérien au moment où les blessés étaient évacués. Parmi les victimes figurait aussi un soignant. Quelques heures plus tard, les agences internationales exprimaient leur «choc» et leur «tristesse». Reuters s’est dite « dévastée », AP « profondément attristée ». Mais au-delà des communiqués, une réalité s’impose : depuis le début de l’offensive, les journalistes palestiniens sont les cibles répétées "d’assassinats ciblés". Reporters sans frontières a dénoncé à plusieurs reprises ces crimes de guerre, rappelant qu’une frappe israélienne mi-août avait déjà tué six reporters, dont le correspondant d’Al Jazeera Anas al-Sharif.
Briser le regard extérieur
En visant les témoins, l’armée israélienne cherche à briser le regard extérieur au moment où elle s’apprête à occuper ce qu’il reste de Gaza, tout en multipliant les massacres. La veille, la défense civile palestinienne recensait déjà 42 morts en une seule journée dans des frappes israéliennes. Les journalistes, derniers relais d’une population assiégée, deviennent ainsi les premières cibles.
Pourtant, malgré l’évidence, les autorités israéliennes continuent de démentir et affirment « vérifier » les informations. Elles vont même plus loin : tout en bombardant des reporters internationaux, le gouvernement de Benjamin Netanyahou se permet d’accuser le président français Emmanuel Macron de ne rien faire contre l’antisémitisme. L’inversion est sidérante : alors qu’Israël commet quotidiennement des crimes de guerre, il réclame aux puissances occidentales un soutien inconditionnel, usant du chantage moral pour étouffer toute critique.
La protection des journalistes sacrifiée
Et le silence complice des dirigeants européens et américains vaut caution. À Paris, ni l’Élysée ni le Quai d’Orsay ne condamnent fermement ces exécutions. À Washington, la Maison-Blanche continue de fournir armes et financement. La protection des journalistes, pourtant consacrée par le droit international humanitaire, est sacrifiée sur l’autel de l’alliance stratégique.
Chaque frappe contre un hôpital, chaque journaliste tué, souligne la volonté d’Israël de transformer Gaza en un cimetière sans témoins. Les caméras détruites, les plumes réduites au silence, les voix coupées : il ne restera plus que le vacarme des bombes et le décompte des morts. Tant que la communauté internationale détournera le regard, ce scénario se répétera.