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Électricité : ce qui va peser sur votre facture d'ici février 2027

Après une hausse de 2,5 % du tarif réglementé au 1er août, les ménages français scrutent déjà l'échéance de février 2027. La Commission de régulation de l'énergie (CRE) a confirmé qu'une nouvelle révision à la hausse se profile, tandis que le marché de gros, lui, s'oriente plutôt vers la détente grâce à l'essor du solaire. Entre factures alourdies par les taxes et réseaux, et prix de marché en repli, la facture d'électricité des prochains mois s'annonce contrastée.

Le 1er août 2026, le tarif réglementé de vente d'électricité (TRVE) a grimpé de 2,5 % en moyenne TTC pour les clients résidentiels souscrivant une puissance inférieure à 36 kVA. Le prix du kWh en option Base est ainsi passé de 0,1940 euro à 0,2001 euro, selon les données publiées par la CRE. Cette hausse intervient après une longue séquence de baisses : moins 15 % en février 2025, encore moins 3 % en août 2025, puis un léger recul de 0,62 % en février dernier. Le mouvement d'août rompt donc avec la tendance des derniers trimestres et rappelle que le tarif réglementé reste soumis à des ajustements réguliers, à la hausse comme à la baisse.

La cause principale de ce rebond n'est ni le nucléaire ni le prix de gros, mais l'acheminement de l'électricité. La consommation nationale ayant été inférieure aux prévisions en 2025, Enedis et RTE ont perçu moins de recettes que ce que leur trajectoire tarifaire anticipait. Le régulateur a donc actionné un coefficient de rattrapage porté à son plafond réglementaire de 3 %, ce qui pèse mécaniquement sur la facture des usagers. En clair, moins les Français consomment, plus les gestionnaires de réseaux doivent, l'année suivante, rattraper le manque à gagner.

Le TURPE et la fiscalité, moteurs discrets de la facture

Le tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricité, ou TURPE, explique une bonne partie de ce rattrapage. Il a augmenté de 3,04 % pour les clients raccordés au réseau de distribution et de 3,34 % pour ceux raccordés au réseau de transport, au 1er août 2026, selon la délibération de la CRE. Cette évolution résulte à la fois de l'inflation et du mécanisme de régularisation des charges et produits, qui ajuste chaque année l'écart entre les coûts réels supportés par les gestionnaires de réseaux et les prévisions initiales. Selon la CRE, cette seule hausse du TURPE explique environ un point de pourcentage de la hausse totale du tarif réglementé.

À l'inverse, la fiscalité tire la facture vers le bas. L'accise sur l'électricité, ex-TICFE, s'établit à 30,62 euros par mégawattheure pour les particuliers depuis le 1er août 2026, mais une baisse est déjà programmée pour la suite, avec un taux annoncé à 24,69 euros par mégawattheure puis 24,38 euros en 2027. Cette trajectoire fiscale à la baisse pourrait partiellement compenser, dans les mois qui viennent, les hausses liées aux réseaux et aux coûts d'approvisionnement. Les ménages ne verront toutefois cet effet que progressivement, au fil des prochaines révisions tarifaires de février et août.

Autre bouleversement structurel : la fin de l'Accès régulé à l'électricité nucléaire historique, l'ARENH, actée au 31 décembre 2025. Ce dispositif, qui obligeait EDF à céder une partie de sa production nucléaire à un prix administré de 42 euros le mégawattheure, a été remplacé par le Versement nucléaire universel (VNU). « Ce nouveau système marque la fin du prix administré et laisse le marché jouer un rôle central », résument plusieurs analystes du secteur qui suivent la réforme depuis son adoption. Un article consacré à ce nouveau dispositif détaille son fonctionnement.

Un mécanisme de redistribution encore peu mordant en 2026

Le VNU prévoit un prélèvement sur les revenus tirés par EDF de la vente de son électricité nucléaire sur le marché, au-delà de certains seuils de prix. Si le prix moyen de vente dépasse 78 euros le mégawattheure, la moitié des revenus supplémentaires doit être reversée aux consommateurs ; ce taux grimpe à 90 % si le prix atteint 110 euros. Pour l'année 2026, la CRE a toutefois estimé le revenu moyen du parc nucléaire à 66,08 euros le mégawattheure, un niveau resté sous les seuils de déclenchement. Le régulateur a donc fixé un tarif de minoration nul pour cette première année d'application, ce qui signifie qu'aucune redistribution n'est venue alléger les factures via ce canal en 2026.

Du côté du marché de gros, les perspectives sont nettement plus favorables aux consommateurs, du moins sur le papier. Le développement massif des énergies renouvelables a fait reculer les prix de gros d'environ 20 euros par mégawattheure entre 2020 et 2025. Avec près de 6 gigawatts de capacités photovoltaïques supplémentaires installées en 2025, la production solaire en journée devient si abondante que les prix spot chutent régulièrement, parfois jusqu'à des niveaux proches de zéro sur certaines heures ensoleillées. Le prix des garanties de capacité, qui rémunère la disponibilité des moyens de production en période de tension, a lui aussi reculé de 29 % pour 2026, un signal supplémentaire de détente sur le système électrique.

Cette abondance solaire ne profite cependant pas immédiatement aux factures des particuliers, car le TRVE lisse les variations du marché de gros sur des périodes de plusieurs mois et intègre surtout les coûts fixes de réseau et de fiscalité. Les professionnels et les grands consommateurs, qui achètent une partie de leur énergie directement sur les marchés à terme, sont en revanche les premiers à bénéficier de cette baisse structurelle des prix de gros. Pour les ménages sous tarif réglementé ou en offre indexée, l'effet ne se fera sentir que lors des prochaines révisions officielles.

La CRE a d'ores et déjà prévenu que le mouvement tarifaire de février 2027 intégrera une « ardoise » de régularisations reportées, ce qui laisse présager une nouvelle hausse, sans que son ampleur soit encore connue. Une consultation publique lancée en mai dernier doit également apporter des orientations sur la structure future des tarifs, potentiellement intégrées dès ce mouvement de février. La trajectoire dépendra en grande partie de l'arbitrage entre ces régularisations à solder, la poursuite de la baisse de l'accise, et l'ampleur du recul des prix de gros porté par les renouvelables.

Pour les ménages, la prudence reste de mise face à ces mécanismes techniques qui se superposent : réseau, fiscalité, VNU et prix de marché n'évoluent ni au même rythme ni dans le même sens. Un article publié plus tôt cette année sur la tension autour des prix de l'électricité rappelait déjà combien ces révisions successives pèsent sur le budget des foyers, en particulier pour ceux qui se chauffent à l'électrique. Les prochains mois diront si la détente du marché de gros suffira à compenser la facture salée du réseau et les rattrapages annoncés pour l'hiver 2027.

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