Tunisie : Monastir se dote d'une station pour traiter les eaux du textile
À Monastir, l'un des principaux bassins textiles de la Tunisie, le Plan Mattei passe du terrain diplomatique à celui du béton et des tuyaux. Le pays, l'Italie et la Banque africaine de développement (BAD) s'associent pour financer une nouvelle station de traitement des eaux usées industrielles, adossée au pôle épuratoire de Monastir Nord. L'Office national de l'assainissement (ONAS) a lancé début septembre une procédure de sélection pour l'assistance technique chargée de superviser les travaux. L'enjeu dépasse la seule question sanitaire : il s'agit de concilier la compétitivité d'un secteur exportateur majeur avec la préservation d'une ressource en eau de plus en plus rare dans la région.
Le financement transite par le Rome Process/Mattei Plan Financing Facility (RPFF), un mécanisme créé en 2025 et administré par le Groupe de la Banque africaine de développement. Il combine dons, financements concessionnels et autres instruments bancaires, dans une logique différente des grands prêts d'infrastructure classiques. Selon AGI, l'agence de presse italienne qui a détaillé le projet le 21 septembre, ce choix traduit une évolution de la stratégie italienne en Afrique, désormais tournée vers des infrastructures répondant à la fois aux besoins industriels et aux contraintes environnementales.
Le contrat d'assistance technique porte sur une durée d'environ 60 mois, avec une date limite de dépôt des manifestations d'intérêt fixée au 24 septembre. La mission recouvre trois volets distincts mais liés : l'assistance aux marchés de travaux, la maîtrise d'œuvre, ainsi que l'appui à l'ordonnancement, au pilotage et à la coordination du chantier. Ces trois fonctions techniques doivent garantir que la future station soit livrée dans les délais et conforme aux normes environnementales attendues par les bailleurs de fonds.
Un secteur textile sous pression hydrique
La région de Monastir concentre une part importante de l'industrie textile tunisienne, un secteur qui reste l'un des piliers manufacturiers et exportateurs du pays. Cette activité consomme d'importants volumes d'eau pour la teinture, le lavage et le finissage des tissus, et génère en retour des effluents chargés en colorants et en produits chimiques qui nécessitent un traitement spécifique avant tout rejet dans le milieu naturel. Sans séparation claire entre eaux domestiques et eaux industrielles, les stations d'épuration classiques peinent à absorber cette charge polluante.
Le projet prévoit justement de séparer les deux réseaux, d'améliorer les procédés de traitement, et d'étudier les possibilités de valorisation des eaux traitées. Cette dernière piste, la réutilisation de l'eau dans les process industriels, pourrait réduire à la fois les prélèvements sur les nappes et les rejets en mer, une problématique déjà documentée sur d'autres sites textiles tunisiens, notamment autour de la baie de Ksibet El-Médiouni.
L'Italie en quête de débouchés pour ses entreprises
Pour Rome, l'opération ne se limite pas à un geste de coopération environnementale. Le texte relayé par AGI souligne que l'enjeu, pour l'Italie, n'est plus seulement de mobiliser des ressources financières, mais de les transformer en projets concrets capables d'ouvrir des marchés africains aux entreprises italiennes. Les secteurs de l'ingénierie, des technologies environnementales et du traitement ou recyclage de l'eau, où l'Italie dispose d'une industrie exportatrice reconnue, sont explicitement visés par cette dynamique.
Cette approche s'inscrit dans la philosophie affichée du Plan Mattei depuis son lancement : remplacer une partie de l'aide au développement classique par des partenariats économiques mutuellement profitables. À Monastir, ce basculement prend une forme très concrète, celle d'un chantier d'assainissement industriel qui doit encore franchir plusieurs étapes administratives avant sa mise en œuvre effective.
Sur le terrain tunisien, ce type de projet s'ajoute à une liste déjà longue de chantiers d'assainissement soutenus par des bailleurs internationaux, la Banque mondiale et la BAD ayant financé ces dernières années plusieurs chantiers similaires à travers le pays, dans un contexte où les enjeux environnementaux tunisiens, de la protection du littoral à la gestion de l'eau, occupent une place croissante dans l'agenda des bailleurs internationaux. La Tunisie mise sur ces infrastructures pour répondre à une double contrainte : préserver ses ressources hydriques, particulièrement sollicitées ces dernières années, et maintenir l'attractivité de ses zones industrielles auprès des donneurs d'ordre internationaux du textile.
L'économie tunisienne, dont les perspectives 2026 restent scrutées de près par les analystes régionaux, comme le rappelle une récente analyse des économies du Maghreb, dépend en partie de la capacité du pays à moderniser ses infrastructures industrielles sans alourdir la facture environnementale. Le pôle textile de Monastir, exportateur vers l'Europe, est directement concerné par ces arbitrages entre compétitivité et durabilité.
Aucun calendrier précis de livraison de la station n'a été communiqué à ce stade, les autorités tunisiennes et la BAD se concentrant d'abord sur la phase de sélection des prestataires techniques. La suite du projet dépendra des résultats de cet appel à manifestation d'intérêt, dont la clôture était fixée à la fin du mois de septembre, avant l'engagement des études détaillées puis des travaux proprement dits.